Critique : Après Béjart, le coeur et le courage

Manon Provost | 18 janvier 2011
Manon Provost | 18 janvier 2011

Plus qu'un nom, Béjart est une institution. A travers son Ballet de Lausanne, dont il est le maître dansant, il a su s'affirmer comme l'une des figures incontournables de l'histoire de la danse. Danseur, créateur, initiateur et fondateur, Béjart est aussi et surtout un « transmetteur ». Alors une fois disparu, que reste-t-il ?

Il demeure l'œuvre bien sûr, mais aussi et surtout tous ceux que le chorégraphe a formés pendant tant d'années et élevés au rang de danseur. Parmi eux, Gil Roman, ancien élève et successeur émérite de l'empire Béjart. Mémoire vivante et dansante du défunt chorégraphe, Gil Roman doit aujourd'hui composer entre passé et présent, s'affranchir de l'ombre imposante de son maître pour donner vie à un prolongement réussi de ce qui fut, et par l'acte, respecter la promesse faite au maître, celle de la création.

Se faisant le témoin de cette succession, Arantxa Aguirre capte le passage vers l'Après Béjart. A travers une écriture visuelle discrète, oscillant entre interviews et moments dansés, la réalisatrice espagnole trouve le bon rythme et laisse la part belle au sujet filmé : la danse et ceux qui la composent. Catalyseur d'une synergie d'esprits, d'histoires et de danse, elle se range au second plan, faisant de son art, le cinéma, le support d'un autre, la danse. Une démarche qui se fait l'écho d'un propos. Car, si chaque séquence du film renvoie à Béjart, progressivement la légende se substitue à la troupe qui finit par l'incarner. Entre tension et souplesse, danse classique et danse contemporaine, force et grâce, précision et lâcher prise, chaque geste et chaque intention transmettent l'héritage d'un enseignement atypique et identifiable. Concentrés et vibrants, les danseurs s'épuisent, s'effondrent et luttent avec un corps qui dit parfois non et un esprit qui dit inlassablement oui. Les corps chutent et se relèvent. Passeurs dansants de la pensée du créateur, les danseurs vont au bout d'eux-mêmes, transgressent leurs limites physiques, transcendés par la philosophie de leur maître à penser. Car chez Béjart, la vie est un champ de bataille et la danse sa représentation. Se dépasser est aussi l'action d'aller vers l'autre, cet inconnu qu'est le public, de le toucher du bout des doigts pour mieux l'enlacer.


Discrètement et avec sensibilité, Arantxa Aguirre a su s'immiscer dans le quotidien de la troupe et saisir la force vitale qui unit les danseurs à leur créateur. « Un pas de deux » pour avancer,  continuer, perpétrer, transmettre, défendre et nourrir la compagnie, et faire renaitre le maître de ses cendres. Assurément, Après Béjart, le cœur et le courage vous fera aimer la danse, et plus encore, ceux qui la vivent. 

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