Critique : Mon pote

Sandy Gillet | 30 novembre 2010
Sandy Gillet | 30 novembre 2010

Il est rare d'arriver au seuil d'une projection sans a priori (un festival quel qu'il soit est souvent le terrain idéal et l'exception qui confirme cette règle pour le critique de cinéma / le spectateur lambda fera souvent quant à lui son choix de film en fonction d'un ou plusieurs facteurs déterminants). Et l'on peut dire que la filmographie de Marc Esposito est du genre à en provoquer quelques uns, d'a priori. Et pas souvent en sa faveur... C'est qu'entre Le cœur des hommes premier et deuxième du nom (sommet de la beaufitude franchouillarde) et Toute la beauté du monde (ahhhh ces belles images de carte postale sur fond de musique des Cranberries. Tout un programme !), le bonhomme s'inscrit dans une tradition d'un cinéma populiste de surcroît pas très inspiré. Mais il faut croire que les miracles cela existe !

Car avec Mon pote l'ex rédac chef de Première et créateur de feu Studio revoit tout de fond en comble en se débarrassant de ses quelques tics de mise en scène au demeurant jusqu'ici quasi inexistante et d'une facilité d'écriture qui confinait à l'exercice plus que vain. Quant à la direction d'acteurs, il s'agissait plus de copinages et d'interprétations en roue libre qu'autre chose. Ce qui change en fait surtout c'est que l'on sent un Esposito qui a quelque chose à nous dire. Ô attention point de volonté d'œuvrer sur le terrain de la comédie sociale et ce même si le sujet pouvait s'y prêter : un patron de magazine automobile rencontre lors d'une visite en prison un braqueur de voitures qu'il va bientôt embaucher. Non, juste l'envie de parler d'une amitié. De celle qui se forge dans le respect, la confiance et l'enrichissement mutuel. De celle qui rivalise avec le sentiment amoureux parce que se fortifiant avec le temps et non le contraire.

Outre ce message simple et claire, il ya aussi l'indéfectible sensation que tout cela sent le vécu à plein nez, ce que confirmeront d'ailleurs les quelques mots précédant le générique de fin. Esposito a en effet engagé un ancien détenu quand il était chez Première. Celui-ci devenant par la suite directeur artistique. De fait les dialogues sonnent juste, portés ceci étant par deux acteurs épatants à commencer par un Edouard Baer vraiment savoureux qui permet au demeurant à Benoît Magimel de se sentir à l'aise dans ce rôle de taulard un peu monolithe. Certes de temps à autre le cinéaste ex critique retombe dans ses travers au détour d'une séquence mal ficelée ou d'une répartie trop écrite et ce malgré le talent des comédiens. Pour autant le plaisir est bien là, de celui qui s'accompagne de rires francs et d'une banane post projection. Et Esposito de brouiller un peu les cartes d'une « carrière » toute tracée et nous de ranger jusqu'à la prochaine fois nos a priori d'un jour.

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