Critique : Les Cheveux d'or / L'Éventreur

Francis Moury | 11 novembre 2010
Francis Moury | 11 novembre 2010

Tourné dans la seconde moité de 1926, The Lodger, a story of the London fog est le seul film muet d'Hitchcock produit par les studio Gainsborough - qui hésitaient à le distribuer mais changèrent d'avis après l'avoir fait légèrement remonter par Hitchcock -  à avoir obtenu un franc succès, ayant même été taxé de « premier chef-d'œuvre du cinéma anglais » par certains critiques contemporains. Est-ce à cause de son sujet ? C'est probable car The Lodger adaptait un roman assez théâtral - qui sera adapté quatre ou cinq fois au cinéma aussi bien par les Anglais que par les Américains  ! - dont le thème était la véritable et très populaire histoire de Jack L'Éventreur bien que le nom ne soit pas prononcé dans le scénario. Hitchcock lui-même le considérait comme son premier film d'auteur. Ses recherches plastiques (le travelling subjectif du véhicule découvrant Londres au petit matin, les pas du locataire matérialisés par un plafond en verre, les lampes à gaz symbolisant la présence ou l'absence du locataire), son montage parfois presque expérimental (le début du film avec le visage hurlant dans la nuit, et son contexte fragmenté presque abstrait), sa direction d'acteurs (l'acteur de charme Ivor Novello dirigé à contre-emploi durant la première moitié du film, et même dans certains plans comme s'il était un quasi-vampire, par exemple lorsqu'il s'approche de Daisy pour l'embrasser) doivent beaucoup au cinéma expressionniste allemand contemporain : on sait qu'Hitchcock avait d'ailleurs effectué un stage à la U.F.A. d'Eric Pommer, à Berlin et en avait été très impressionné. Certains plans de la mère de Daisy, seule et angoissée dans sa chambre éclairée en clair-obscur, sont composés à la manière expressionniste : l'individu y est comme prisonnier du cadre dans lequel les objets et leur éclairage comptent autant que lui, expriment autant que lui l'univers d'inquiétude, de terreur que la mise en scène veut matérialiser. Plus personnel, le scénario introduit le thème hitchcockien majeur de la dualité, celui de l'innocent injustement persécuté, celui de l'amour rédempteur de justesse, et le suspense temporel est déjà un élément très important de l'action.

Dans l'histoire des adaptations classiques muettes de l'histoire de Jack L'Éventreur, The Lodger d'Hitchcock se situe entre Le Cabinet des figures de cire de Paul Leni et la Loulou de G.W. Pabst. Le cinéma parlant donnera bien d'autres versions, notamment les classiques The Lodger [Jack l'éventreur] (USA 1943) de John Brahm, Man in the Attic [inédit en salles mais sortie DVD en France par Bach films sous le titre homonyme de Jack L'Éventreur] (USA 1953) d'Hugo Fregonese. C'est vraiment avec Jack The Ripper [Jack l'éventreur] (G.B. 1959) de Robert S. Baker & Monty N. Berman que le potentiel d'horreur, d'épouvante, et d'érotisme du sujet est pour la première fois réellement porté à son maximum. Cette version 1959 demeure la meilleure à condition de la visionner au format respecté écran large 1.66 en N.&B. Study in Terror [Sherlock Holmes contre Jack l'éventreur] (G.B. 1965) de James Hill vient trop tard pour pouvoir rivaliser avec son prédécesseur, en dépit de la caution littéraire de Conan Doyle, mais il maintient un bon niveau de violence et d'érotisme, introduisant en outre de magnifiques couleurs. Hands of the Ripper [La Fille de Jack l'Éventreur] (Hammer film, GB 1971) de Peter Sasdy est une passionnante variation psychanalytique. Mentionnons aussi les adaptations un peu oubliées et/ou inédites chez nous que furent The Lodger de Maurice Elvey (remake parlant du film d'Hitochcok avec le même acteur principal) et Room to Let de Geoffrey Grayson. Rétrospectivement, The Lodger d'Hitchcock apparaît très allusif et pauvre du point de vue de l'érotisme et de la violence graphique. Mais visionné par un œil vierge ignorant des références antérieures ou postérieures, il se tient encore très bien sur ses jambes et demeure impressionnant.

NB : Dans certaines filmographies de Hitchcock, on écrit The Lodger / A story of the London fog comme s'il s'agissait de deux titres distincts. Il n'en est rien ! The Lodger est le titre principal et A story of the London fog est son sous-titre, les deux étant inscrits au même plan du générique d'ouverture que nous avons pris soin de capturer

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