Le Royaume de Ga'Hoole - la légende des gardiens - Critique

Florent Kretz | 24 octobre 2010
Florent Kretz | 24 octobre 2010

Lorsque Zack Snyder a annoncé durant la promotion de Watchmen - Les Gardiens que son projet suivant serait un film pour enfants, un doute s’est aussitôt établi quant aux motivations du bonhomme: pourquoi un réalisateur aussi bourrin et controversé irait-il se fourvoyer dans le récit d’une bande de chouettes vivant mille aventures? Était-ce une quête de respectabilité auprès d’un plus large public après la succession de trois métrages virulents et sans concession que sont L’armée des morts, 300 et enfin l’adaptation du roman graphique de Moore et Gibbons et évoqué précédemment? 

Pas vraiment puisque Snyder livre aujourd’hui, avec cette transposition du livre La légende des Gardiens de Kathryn Lasky, son chef d’œuvre. Un terme pas vraiment galvaudé puisque le réalisateur parvient sans difficulté aucune à transcender tout ce qu’il avait tenté ou établi dans ses précédents travaux: mise en scène, narration, style, technique… Tous s’affinent et se maitrisent, s’assument dans ce Royaume de Ga’hoole qui est bien moins « le film pour enfants » promis que « le film que les adultes auraient voulu voir enfants » !

 

 

D’ailleurs, si les premières minutes font encore illusion avec cette exposition dans le nid familial, aucune méprise ne sera possible par la suite: chez Snyder fond et forme s’accordent, Le royaume de Ga’hoole s’apparentant bientôt à un redoutable film guerrier qu‘un John Milius n‘aurait pas renié, une ode sans détour à l’héroïsme, au dévouement et à l’abnégation. Des thématiques déjà longuement explorées par le réalisateur qui va encore plus loin dans son propos, reprenant à son compte les écrits de Lasky et le scénario de John Orloff (Frères d'armes), pour les pousser dans leurs derniers retranchements: si on parle ici ouvertement de « Sangs Purs », d’éradications massives, de sacrifice et de devoir, le spectateur sera invité à prendre part à quelques batailles mémorables, stupéfiantes de beauté et de violence, reléguant au second plan toutes celles de Gondor et autres Rohan et qui faisaient jusqu’ici guise de références pour cette dernière décennie. Proposant de suivre le destin de deux frères, Kludd et Soren, tous deux attirés par la gloire et séparés par leurs convictions, Le royaume de Ga’hoole prend soudain les atours d’une guerre fratricide sans pitié durant laquelle chacun s’élèvera comme il se doit et ce pour mieux s’entretuer dans un dernier tiers où tout compromis est impossible.

 

 

Même s’il fait quelques évidentes concessions en évitant toute effusion d’hémoglobine et en laissant planer ici et là quelques touches d’humour pour conserver son statut de film tout public, Snyder, maitre jusqu’au bout de son entreprise, finit tout de même par faire la nique à la Warner, n’hésitant pas une seconde à torturer quelques oisillons (le « déboulunnage » est l’une des idées les plus terrifiantes) ou à jeter un regard très ambigu sur ces fameux Gardiens. Ainsi, bien qu’ils soient portés en héros et montrés comme tels (la première apparition de l’un d’eux est à couper le souffle), Snyder se défend de porter un jugement trop manichéen sur les choses offrant autant aux bons qu’aux méchants le prestige qui leur convient: accumulant les plans iconiques à la seconde, tableaux tenant autant de Frazetta que des plus grands illustrateurs de comics, il livre aussi son film le plus raffiné. Entouré par Animal Logic (déjà derrière le Happy Feet de George Miller) et par une clique de techniciens consciencieux, Snyder peut laisser libre court à son imagination et à son amour pour un certain maniérisme.

 

 

Si sa passion pour le ralenti reste insatiable, il les met totalement au service du ressenti et du spectaculaire: plus que des effets de style, les séquences en ressortent grandies et plus majestueuses que jamais. A ce titre et grâce à une 3D particulièrement spectaculaire, quelques scènes du Royaume de Ga’hoole parviennent sans aucun encombre à égaler la magie et l’éblouissement des moments les plus envoutants et immersifs d’Avatar. Une analogie pas si étrange tant le profil du jeune Snyder semble de plus en plus pertinent et mature à mesure de ses films à l’instar du vétéran Cameron… Ne reste plus qu’à attendre de découvrir son talent d’écriture avec Sucker Punch puisque, jusqu’ici, il ne se sera contenté que d’un travail de remake ou d‘adaptation. Mais gageons, vu le génie du monsieur, que Zack Snyder sera dans quelques années le dieu de Hollywood: car si Cameron se sera vu offrir un premier poste de réalisateur en faisant danser des asticots, soyons certains que celui qui nous aura fait vibrer et pleurer avec des chouettes numériques se verra ouvrir toutes les portes !

 

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