Critique : À bout portant

La Rédaction | 14 octobre 2010
La Rédaction | 14 octobre 2010

Fred Cavayé est un homme de cinéma, un vrai. Il y avait dans son premier long, le très beau Pour elle, une manière d'instiller l'émotion dans le cœur du spectateur par un traitement de la narration purement cinématographique, basé sur un agencement des séquences qui permettait au spectateur de ressentir des choses jamais exprimées à l'écran. Cette Cavayé's touch, d'autant plus grisante dans un cinéma français habitué à tout dire, à tout souligner au Stabilo pour que le spectateur ressorte de la salle édifié, on attendait avec impatience de la voir appliquée à son second film, A bout portant, que le cinéaste avait annoncé comme une course-poursuite ininterrompue, une sorte de version longue du dernier tiers de Pour elle. L'émotion à fleur de pellicule de notre homme allait-elle trouver sa place au milieu d'un film d'action sans temps mort ?

Verdict : oui, cent fois oui ! Tout d'abord parce que sous ses airs de remake de Pour elle (les deux films racontent la quête désespérée d'un homme ordinaire pour sauver sa femme), A bout portant trompe son monde. Là où son prédécesseur suivait le parcours d'un héros intelligent et volontariste qui mettait en place un stratagème complexe, le nouveau Cavayé colle aux basques d'un personnage beaucoup plus primaire, un homme simple jeté dans l'action malgré lui et motivé par un besoin purement viscéral, presque animal (retrouver sa femme enceinte). Bref, un protagoniste vierge (« C'est personne », dira-t-on de lui dans le film) sur lequel le spectateur pourra se projeter sans problème. D'où une narration où héros et spectateur découvrent les informations au fur et à mesure que l'action progresse, que les rebondissements pleuvent, que les personnages s'étoffent et que l'émotion monte en crescendo. Ainsi avance le film, porté par une mise en scène aussi fluide que découpée (exit la funeste caméra secouée tellement tendance dès qu'il s'agit de filmer des poursuites), aussi soignée qu'habitée, faisant grimper la tension palier par palier tandis que quasiment chaque scène nous communique une information qui modifie la situation (en cela, il est très difficile de parler du film sans en révéler les nombreuses surprises ou trouvailles).

A ce rythme-là, on sort d'A bout portant essoré. Mais totalement revigoré par ce que l'on vient de voir : un authentique film d'action urbain situé dans Paris (avec notamment une poursuite d'anthologie dans le métro), qui optimise parfaitement sa fabrication plutôt modeste (50 jours de tournage et un budget d'un peu plus de 7 millions d'euros) avec de vraies idées visuelles (attendez-vous à un gros coup de pression lors d'une scène avec quelques types assis devant des écrans de contrôle), un réalisateur en pleine possession de ses moyens qui a su tirer le meilleur de ses précieux collaborateurs (parmi lesquels on distinguera l'indispensable co-scénariste Guillaume Lemans et le monteur Benjamin Weill) et un casting en béton armé - mentions spéciales à Gilles Lellouche, qui a dû beaucoup souffrir, et Gérard Lanvin, que l'on avait pas vu aussi impressionnant depuis très très longtemps. Cavayé vient de frapper un grand coup avec ce formidable polar à hauteur d'homme dont l'unique morale se résume à l'ambition qu'il témoigne pour son spectateur et dont la grâce évidente ne doit rien à une quelconque intervention divine mais tout à la sueur qui a présidé à sa confection. Encore quelques films de cette eau-là et le grand cinéma populaire français sera définitivement de retour.

Arnaud Bordas

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