Critique : La Vie au ranch

Par Manon Provost
12 octobre 2010
MAJ : 29 mai 2024
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Pam' a quatre copines et des tonnes de potes. Etudiante dilettante, ses soirées se font au rythme des allers et venues incessants qui animent le quotidien de son appartement parisien, situé dans une rue centrale de la Capitale. Rebaptisé Le Ranch, l'appartement est un véritable refuge empli de chaleur humaine. Exclusivement réservé au moins de vingt ans, aucune figure autoritaire et parentale ne semble oser franchir le pas de la porte. Entourée de ses éternelles « co(w)pines », Pam' enfourche la vie et part au galop, sans trop se soucier des mornes lendemains. Mais après le temps des copains, du Paris branché et des soirées trop arrosées, le vide s'impose et le désir de liberté se fait plus fort que l'amitié. La césure devient vitale, les dommages inévitables.

Loin de l'image lisse et soyeuse de l'adolescente aux belles boucles dorées d'un LOL qui nous a épuisés par son optimisme bon chic bon genre, La Vie au Ranch nous donne à voir une jeunesse qui ne brille pas par ses colorations ou ses gloss' à paillettes. Cigarette au bec et bouteille de vin saisie à pleine main, les petites Parisiennes du Ranch ne font pas dans la dentelle. Cheveux gras et peau parfois luisante, Sophie Letourneur se veut le témoin d'êtres en pleine mutation. Personnages bruts de décoffrage qui décrassent l'image fade et stigmatisée d'une jeunesse trop souvent montrée proprette, La vie au Ranch prend un tout autre chemin et fait le pari du vécu raconté, partagé et mis en scène. 

Eprise d'un groupe de jeunes, dont elle s'est appropriée le vécu, les interrogations et les conversations, Sophie Letourneur frise le genre du documentaire en empruntant de la matière au réel pour alimenter son propre vécu. Ecrit et composé à la virgule près, le film séduit par sa mise en scène fluide et sauvage qui donne l'illusion du pris sur le vif. Les images sont telles, qu'elles donnent la sensation d'une caméra qui n'a de cesse d'être activée, à l'affût d'une situation insolite ou d'une conversation qui pourrait tout faire basculer. Comme un adolescent timide qui se faufile dans la foule compacte et dense d'une soirée arrosée ou d'un club branché, la caméra se fait discrète, sans pour autant être absente. Déambulant au milieu du groupe, elle observe, scrute, capte et retranscrit la vie d'un clan, en donnant cette sensation de la vie en train de se faire. Bords de cadre et hors champ, Sophie Letourneur exploite l'espace, le temps et les actions, comme pour témoigner d'un excès de sons, d'images et de personnages ; un trop plein de tout, à l'image de ceux dont elle s'est emparée. Brouhaha et conversations parfois volontairement inaudibles, tout est bon pour remplir l'espace du trop plein qui fait le quotidien. Et si les conversations existent et se laissent entendre (et non écouter), c'est avant tout pour faire exister et vibrer le lien bientôt brisé. 

Dans des décors naturels, Sophie Letourneur saisit avec singularité et justesse l'instant d'une césure irréversible au sein d'un groupe voué à éclater. Léger mais pour autant maîtrisé, La Vie au Ranch marque par son enthousiasme et sa spontanéité, incarnés avec volupté et frivolité par une jeunesse espiègle, qu'on souhaiterait éternelle.

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