The Social Network : critique qui like

Florent Kretz | 16 juin 2018 - MAJ : 07/09/2019 19:23
Florent Kretz | 16 juin 2018 - MAJ : 07/09/2019 19:23

Peu de cinéastes peuvent se targuer d’être parvenu à l’exploit de s’être surpassé, de s’être réinventé à chaque nouveau film. David Fincher est pourtant de ceux-là. Et The Social Network ne déroge pas à la règle : d’un postulat simple et pas forcément passionnant (la naissance de Facebook), Fincher puise l’essentiel pour le sublimer et y faire naître une admirable tragédie moderne.

PLEASE LIKE...

The Social Network n’est évidement pas un film consacré à la création de Facebook. Pas uniquement tout du moins… Et si le développement du réseau social est en effet la toile de fond de cette redoutable fable, il y est moins question de décrire l’histoire d’un homme et de son ordinateur que de dépeindre les portraits de ceux qui entourent l‘inventeur visionnaire.

D’ailleurs en ouvrant son film sur un épisode crucial de la vie intime du concepteur, séquence prophétique au possible, David Fincher désigne très clairement les enjeux et les thèmes inhérents à son sujet : bien plus que l’ascension vers les cimes de son héros, c’est la dimension désespérément dramatique de cette quête aveugle d’une quelconque reconnaissance qui le passionne.

 

Jesse Eisenberg

 

A ce titre, Mark Zuckerberg, antihéros fragile et méprisable interprété par un Jesse Eisenberg impeccable, devient successivement fascinant, attendrissant, révulsant ou même bouleversant au fur et à mesure de sa confrontation à ce monde nouveau, cet univers qu’il créé depuis sa tour de verre. Un personnage tragique au possible qui s’enferme petit à petit, de rupture en trahison, de confrontation en procès, dans la cellule qu’il s’est lui-même forgé.

Car sous couvert d’une ascension prestigieuse, Zuckerberg, ambigu et paumé, fera tous les sacrifices. A cela, la morale est sans appel et, évitant tout manichéisme, il sera laissé au spectateur la responsabilité de juger - ou pas - du cas de ce génie. Un génie, certes, mais très certainement condamné à une douloureuse solitude.

 

La vie en équations

 

... AND COMMENT

Le génie de David Fincher est de savoir se mettre pleinement au service de son histoire : s’il avait fait preuve, jusqu’à présent, d’une justesse implacable en terme de mise en scène et d’une dextérité évidente au cours de ses précédents métrages, il ajoute ici de nouvelles cordes à son arc, celles de l’humilité et de la (fausse) simplicité.

Le temps d’un film, il se refuse à toute démonstration technique revenant finalement à une mise en images plus sobre, plus magistrale et minutieuse encore que tout ce qu’il avait livré auparavant : d’une maîtrise bouleversante, The Social Network pourrait presque s’apparenter à un long et passionnant champ-contrechamp, un face à face virtuose entre un homme et les autres pour enfin déboucher sur un duel à mort contre lui-même.

 

La grande scène Fincherienne

 

Une discrétion telle, que le cinéaste, pourtant à l’origine de quelques films colossaux tels que Zodiac, parviendrait presque à se faire totalement oublier si cette sublime et méticuleuse photographie, symptomatique du style David Fincher, ne nous rappelait à l’ordre. Car ce qui fait mouche, ce n’est justement pas la patte du réalisateur de Fight Club, ce sont bien ces dialogues percutants, ciselés par un Aaron Sorkin (la géniale série A la maison blanche) précis et culotté, et portés par un casting irréprochable.

Une clique ahurissante de maturité et de talent qui entoure donc Jesse Eisenberg dans cette lente descente aux enfers : d’un troublant Andrew Garfield en ami fidèle, déchirant dommage collatéral, à un Justin Timberlake bluffant, tous, sans exception, semblent parfaits.

 

Résumé

The Social Network s’apparente donc, finalement, à l’œuvre certainement la plus maîtrisée et la plus vertigineuse de toute la filmographie du cinéaste. Sur une bande son monstrueuse du duo  très inspiré Trent Reznor / Atticus Ross, Fincher fait des prouesses et parvient, grâce à ses nouveaux talents (de la direction d’acteur à la pureté minimaliste de sa mise en scène), à livrer l’impensable: son chef d’œuvre absolu !

 

Autre avis Geoffrey Crété
David Fincher, Aaron Sorkin, Jesse Eisenberg et Trent Reznor-Atticus Ross : l'union de tant de génies pour une symphonie magnifique et terrifiante de la solitude et névroses modernes. The Social Network, ou une certaine idée de la perfection.

commentaires

Rudy Mako
18/06/2019 à 17:50

La meilleure interprétation de Jesse Eisenberg de tous les temps

captp
17/06/2019 à 08:00

Réussir à intéresser et faire un grand film passionnant sur ce sujet loin d’être super existant c'est la marque des très grands.ils sont très peu a pouvoir le faire et Fincher en fait indiscutablement partie.
J'ignore si c'est sa masterpiece (fight-club étant sortie quand je commençais à vraiment m’intéresser au cinéma m'a énormément marqué surement plus pour une question de timing ) mais faire d' un simple biopic un chef-d’œuvre à la mise en scène et la réalisation génialissime c'est juste une performance hors norme.

RaidenX
16/06/2019 à 22:55

Social Network est un bon film sur le fond, parfaitement maitrisé sur la forme mais j'avoue ne jamais avoir compris une telle branlette dessus. Fight Club ou Seven sont pour moi autrement marquants, même le glaçant Gone Girl est au dessus !

JFK
16/06/2019 à 22:04

@Mx

Les préférences sont souvent subjectives. Je rejoins ÉcranLarge, pour moi c’est son meilleur film aussi et mérite le qualificatif de chef d’oeuvre.

JohnDoe
16/06/2019 à 20:20

@Mx

Je trouve aussi que c'est son chef d'oeuvre, un film puissant, profond, où l'on retrouve sa vision de l'humanité, des rapports de force, des simulacres. Et si c'est ça s'emballer, ça me va.

Mx
16/06/2019 à 20:10

heu, vous vous emballez pas un peu vite, là, son chef d’œuvre absolu??

Que faîtes vous de seven, ou fight club?

The social network, est à limage de facebook, creux et désincarné, on est très loin des mises en abîmes des films précédents.

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