Critique : Cold fish

La Rédaction | 13 septembre 2010
La Rédaction | 13 septembre 2010

Présenté dans la catégorie « Orizzonti » de la Mostra de Venise, Cold Fish a fait salle comble et a été auréolé d'un tonnerre d'applaudissement de plus d'un quart d'heure lors de sa présentation. Mais qui est ce Sono Sion qui déchaine les cinéphiles ? Réalisateur japonais de Suicide Club (2001) et Love Exposure (2008, mais présenté en France cette année au festival Voir, L'Invisible à Saint Denis), il est considéré, de son propre aveu, comme une sorte d'artiste underground nihiliste dans son pays natal. Peu connu en France car jamais distribué, il s'avère être un grand observateur de l'être humain et démontre avec violence et subtilité, la complexité de celui-ci.

Dans Cold Fish, Sono Sion s'intéresse à un fait divers des années 80 où un serial killer avait commis entre 50 et 100 crimes avant d'être appréhendé par la justice. Génie du crime ? Sûrement. Mais Murata est avant tout vendeur de poissons exotiques, psychopathe sanguinaire et obsédé sexuel. Doté d'une autorité indiscutable, il va embarquer une famille japonaise lambda dans un cauchemar sanglant où réduction d'os en poussière et découpage menu-menu de corps sont au programme. Héros au charisme zéro,  Shamoto devient le jouet de Murata ainsi que, malgré lui, son complice. Subissant stoïquement les éructations colériques de ce fou furieux afin de protéger sa famille et de ne pas finir en hachis pour piranhas, Shamoto fait ce qu'il a toujours su faire : se rabaisser, hocher la tête et obéir. Mais jusque quand ?

Mise en scène d'une gradation dans l'horreur et de la limite de l'acceptation de celle-ci, Cold Fish est bien plus qu'un simple thriller tiré de faits réels. Au moment de sa réalisation, la vie personnelle de Sono Sion s'apparentait à un film d'horreur : « Avec Love Exposure, ma carapace a explosé et je n'ai plus d'amour, voilà, le film. Je n'ai ni amour ni espoir ni dieu, c'est fini. Il me reste la tristesse, le désespoir, l'obscurité et l'univers absent de lumière. » (extrait de l'interview issue du blog Tomblands). Tsumetai Nettaigyo (titre original) apparaît donc comme une catharsis. Mêlant sa propre personnalité à celle de Shamoto, le cinéaste lui fait subir les pires outrages comme pour mieux comprendre et appréhender sa propre vie. Un long-métrage personnel donc mais également une critique en filigrane d'une société japonaise au bord de l'implosion dans la lignée d'un Tokyo Sonata de Kiyoshi Kurosawa. La frustration et la faiblesse de Shamoto en font un homme invisible aux yeux de sa femme et de sa fille ainsi qu'une métonymie de tout un peuple. Incapable de résoudre ses problèmes, il se contente de les endurer, espérant qu'ils passent comme par miracle. L'arrivée de Murata et de sa femme Aiko agit comme un coup du sort mais résulte surtout de son impuissance et des non-dits. Les thèmes chers à Sono Sion comme la chute du modèle patriarcal, la crise de la famille et la dépersonnalisation auxquels s'ajoute la complexité des rapports humains sont ici présents.

Fluide, violent, maitrisé, sublime, perturbant pourraient être les qualificatifs de Cold Fish mais le maître lui-même en fait un parfait résumé : « C'est mon meilleur film ».

Perrine Quennesson

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