Inception : critique mindfuck

Julien Foussereau | 7 mai 2018 - MAJ : 19/05/2019 18:00
Julien Foussereau | 7 mai 2018 - MAJ : 19/05/2019 18:00

« Tout ça pour ça », a-t-on pu entendre comme premier ressenti d'Inception. Une remarque qui s'est appliquée aussi en son temps à Strange Days de Kathryn Bigelow. Soit un postulat science-fictionnel inédit, voire ahurissant, plaqué sur une histoire vieille comme le monde. En effet, il y a un peu de cela dans le dernier Christopher Nolan : la trame de braquage labellisée « ultime gros coup avant la retraite ». Sauf que l'objet du délit n'est ni une banque, ni la recette d'un casino. Ce n'est rien de moins que les méandres d'un cerveau à corrompre ni vu, ni connu. Explications.

 

L'ESPION QUI M'A INCEPTÉ

Dans un contexte d'espionnage industriel hyper agressif, Dom Cobb (Leonardo DiCaprio) est le meilleur dans un domaine que l'on appelle « l'extraction », c'est-à-dire pénétrer dans l'esprit endormi des puissants magnats de ce monde à leur insu pour ravir leurs secrets ultraconfidentiels. Ses compétences lui ont valu un mandat d'arrêt international l'empêchant de rentrer chez lui.

Un jour, un mystérieux Japonais nommé Saito lui propose un job réputé impossible : en échange d'une purge complète de son casier, il devra implanter dans l'esprit d'un héritier multimilliardaire une idée faussement autosuggérée, celle de démanteler son immense conglomérat. Une inception.

 

Image 476513Leonardo DiCaprio et Joseph Gordon-Levitt

 

Inception, du verbe latin incipere (commencer) signifie « création ». Elle est même la clé de voûte du film de Christopher Nolan sous les atours de l'illusion et du subterfuge. Tout en épousant le cahier des charges du film de braquage en trois temps avec recrutement d'équipe et répétition générale avant l'application sur le terrain, Inception lui redonne un sacré coup de fouet grâce à son concept de traquenard machiavélique placé sous le signe de Morphée.

Certes, le choix d'un récit malmenant l'illusion des sens à la Descartes face au réel n'est pas une nouveauté, et les références à la littérature de William Gibson ou l'œuvre picturale d'Eischer sont évidentes. Ce qui fait le sel d'Inception réside dans le soin tout particulier qu'à Nolan d'élaborer une méthodologie crédible à sa « science des rêves ». Comme si le réalisateur avait bien potassé son B.A.-BA Jungien. Dans la mesure où le lieu du forfait se révèle être l'esprit humain, il n'est pas soumis aux lois de la physique. Sur ces bases, Inception devient alors vertigineux.

 

Image 492115Ah oui y'a Ellen Page aussi

 

À QUOI TU RÊVES ?

Ainsi, par cette rationalisation de cette technologie de la rêverie partagée, Christopher Nolan déroule une écriture absolument parfaite où les mano a mano en mode gravité zéro, les emboitements de rêves (jusqu'à quatre) deviennent en termes de compréhension claires malgré les ramifications surréalistes de l'ensemble. En cela, il convient de saluer l'extrême intelligence d'un scénario cohérent jusqu'au bout des ongles.

Pas de cette intelligence pédante prenant de haut le spectateur, plutôt celle d'un Alfred Hitchcock ou d'un Stanley Kubrick privilégiant la stimulation de son auditoire que sa noyade dans la confusion. De facto, les plus volontaires et attentifs sauront être récompensés dans ce périple cérébral et labyrinthique et pourront déceler ça et là des mises en abyme sur le processus cinématographique. Mieux, il sait interroger avec brio par endroits l'outil montage comme mensonge à vitesse variable.

 

Image 473066Scène culte

 

Malheureusement, quelques ombres viennent noircir un brin le tableau. La principale faiblesse d'Inception tient dans une exécution qui n'est pas toujours à la hauteur des intentions. Couplé à une durée conséquente de 144 minutes, cela ne pardonne pas. Les baisses de rythmes, inévitables, sont peut-être moins préjudiciables au fond que la volonté manifeste de Christopher Nolan à générer de l'émotion autour d'un nœud dramatique impliquant les personnages de Leonardo DiCaprio et Marion Cotillard.

Or, si le premier s'en sort impeccablement, la seconde, dans la peau d'un Janus au féminin, ne convainc qu'à moitié. On le sait, Christopher Nolan s'est toujours affirmé en cinéaste cérébral. Il tente un hold-up émotionnel mais n'y parvient jamais. De même, la relation mentor / élève avec Ellen Page manque de peps. Ce constat résume bien le sort qu'il réserve aux personnages secondaires : des archétypes peu épais, au mieux fringant et aérien tel Joseph Gordon-Levitt, au pire insignifiant comme Tom Hardy.

 

Image 531445

 

Résumé

En définitive, Inception fait partie de ses œuvres denses qu'il est beaucoup plus facile d'admirer que d'aimer sans aucune retenue. Néanmoins, on a indéniablement affaire à une proposition de cinéma originale, une belle expérience sensorielle qui se bonifiera sans doute avec le temps et de multiples visionnages.

commentaires

KEVIN DIOLES
30/07/2019 à 01:35

Bravo à monsieur Nolan pour la réalisation de ce film. Un scénario construit comme une horloge, dont les rouages s impliquent de façon à ce que la cadence et le rythme soient cohérent pour que les instant passés sonnent juste dans les scènes de reves Un film qui faut voir et revoir pour bien capter ce labyrinthe d'images et de dialogues. Un bijoux. NOTE 9/10

MadMcLane
09/05/2019 à 10:40

Nolan, tout simplement un des réalisateur les plus stimulant des dernières années. Franchement, qui peut se permettre des projets originaux aux budgets de blockbuster (à part des mecs comme Spielberg) à l'heure actuelle, sans qu'on parle de suite, remake, super- héros, reboot...? Ce mec est important pour le cinéma de divertissement surtout maintenant. Il a ses défauts bien sûr, mais largement compensé par ses qualités !

NicoD
08/05/2019 à 19:34

Pour ceux qui sont perdus concernant la fin du film, Michael Caine a révélé il y a quelques mois que le réal lui avait donné un indice pour savoir quelles scènes se passaient dans la réalité et quelles scènes faisaient parti des rêves.
C'est tout simple, les scènes où Michael Caine est présent se déroulent dans la réalité.
Donc revisionnez la dernière scène et vous saurez (ou lisez la source ci-dessous :-) )
Source:
http://www.premiere.fr/Cinema/Reve-ou-realite-Michael-Caine-explique-la-fin-d-Inception

Rudy Mako
08/05/2019 à 19:11

Je me demande si leo vague dans l'irréel à la fin ou pas.

Sanchez
08/05/2019 à 12:49

Un film pénible . J’ai essayé de le revoir en vain . Overdose de scènes explicatives

Mr Vide
08/05/2019 à 10:22

Bravo !

Eddie9Felson
07/05/2019 à 23:15

Un classique

corleone
07/05/2019 à 23:12

Critique impeccable de cette tuerie de ces dernieres années. Même si t'es souvent un peu surestimé (coucou Dunkirk), tu nous manques, Nolan.

Tousen
07/05/2019 à 22:40

LE film du siècle... rien à dire...

Dateuss
07/05/2019 à 21:35

Thriller psychologique hors norme. Je me dis que le " bougre " a quand même de sérieuses notions de psychologie. On ne peut jamais le prendre à défaut dans les argumentaires du film. Et à ce jour et après moult visionnage, il m'est impossible de donner un mot définitif sur la fin ( l'espèce de toupie à la fin).

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