Inception : critique mindfuck

Julien Foussereau | 17 novembre 2018 - MAJ : 17/02/2020 22:22
Julien Foussereau | 17 novembre 2018 - MAJ : 17/02/2020 22:22

« Tout ça pour ça », a-t-on pu entendre comme premier ressenti d'Inception. Une remarque qui s'est appliquée aussi en son temps à Strange Days de Kathryn Bigelow. Soit un postulat science-fictionnel inédit, voire ahurissant, plaqué sur une histoire vieille comme le monde. En effet, il y a un peu de cela dans le dernier Christopher Nolan : la trame de braquage labellisée « ultime gros coup avant la retraite ». Sauf que l'objet du délit n'est ni une banque, ni la recette d'un casino. Ce n'est rien de moins que les méandres d'un cerveau à corrompre ni vu, ni connu. Explications.

L'ESPION QUI M'A INCEPTÉ

Dans un contexte d'espionnage industriel hyper agressif, Dom Cobb (Leonardo DiCaprio) est le meilleur dans un domaine que l'on appelle « l'extraction », c'est-à-dire pénétrer dans l'esprit endormi des puissants magnats de ce monde à leur insu pour ravir leurs secrets ultraconfidentiels. Ses compétences lui ont valu un mandat d'arrêt international l'empêchant de rentrer chez lui.

Un jour, un mystérieux Japonais nommé Saito lui propose un job réputé impossible : en échange d'une purge complète de son casier, il devra implanter dans l'esprit d'un héritier multimilliardaire une idée faussement autosuggérée, celle de démanteler son immense conglomérat. Une inception.

 

photo, Leonardo DiCaprioLeonardo DiCaprio

 

Inception, du verbe latin incipere (commencer) signifie « création ». Elle est même la clé de voûte du film de Christopher Nolan sous les atours de l'illusion et du subterfuge. Tout en épousant le cahier des charges du film de braquage en trois temps avec recrutement d'équipe et répétition générale avant l'application sur le terrain, Inception lui redonne un sacré coup de fouet grâce à son concept de traquenard machiavélique placé sous le signe de Morphée.

Certes, le choix d'un récit malmenant l'illusion des sens à la Descartes face au réel n'est pas une nouveauté, et les références à la littérature de William Gibson ou l'œuvre picturale d'Eischer sont évidentes. Ce qui fait le sel d'Inception réside dans le soin tout particulier qu'à Nolan d'élaborer une méthodologie crédible à sa « science des rêves ». Comme si le réalisateur avait bien potassé son B.A.-BA Jungien. Dans la mesure où le lieu du forfait se révèle être l'esprit humain, il n'est pas soumis aux lois de la physique. Sur ces bases, Inception devient alors vertigineux.

 

photo, Joseph Gordon-LevittCrampe au cerveau

 

À QUOI TU RÊVES ?

Ainsi, par cette rationalisation de cette technologie de la rêverie partagée, Christopher Nolan déroule une écriture absolument parfaite où les mano a mano en mode gravité zéro, les emboitements de rêves (jusqu'à quatre) deviennent en termes de compréhension claires malgré les ramifications surréalistes de l'ensemble. En cela, il convient de saluer l'extrême intelligence d'un scénario cohérent jusqu'au bout des ongles.

Pas de cette intelligence pédante prenant de haut le spectateur, plutôt celle d'un Alfred Hitchcock ou d'un Stanley Kubrick privilégiant la stimulation de son auditoire que sa noyade dans la confusion. De facto, les plus volontaires et attentifs sauront être récompensés dans ce périple cérébral et labyrinthique et pourront déceler ça et là des mises en abyme sur le processus cinématographique. Mieux, il sait interroger avec brio par endroits l'outil montage comme mensonge à vitesse variable.

 

photo, Ken Watanabe, Marion CotillardLa source du Mal

 

Malheureusement, quelques ombres viennent noircir un brin le tableau. La principale faiblesse d'Inception tient dans une exécution qui n'est pas toujours à la hauteur des intentions. Couplé à une durée conséquente de 144 minutes, cela ne pardonne pas. Les baisses de rythmes, inévitables, sont peut-être moins préjudiciables au fond que la volonté manifeste de Christopher Nolan à générer de l'émotion autour d'un nœud dramatique impliquant les personnages de Leonardo DiCaprio et Marion Cotillard.

Or, si le premier s'en sort impeccablement, la seconde, dans la peau d'un Janus au féminin, ne convainc qu'à moitié. On le sait, Christopher Nolan s'est toujours affirmé en cinéaste cérébral. Il tente un hold-up émotionnel mais n'y parvient jamais. De même, la relation mentor / élève avec Ellen Page manque de peps. Ce constat résume bien le sort qu'il réserve aux personnages secondaires : des archétypes peu épais, au mieux fringant et aérien tel Joseph Gordon-Levitt, au pire insignifiant comme Tom Hardy.

 

Affiche française

Résumé

En définitive, Inception fait partie de ses œuvres denses qu'il est beaucoup plus facile d'admirer que d'aimer sans aucune retenue. Néanmoins, on a indéniablement affaire à une proposition de cinéma originale, une belle expérience sensorielle qui se bonifiera sans doute avec le temps et de multiples visionnages.

Lecteurs

(4.1)

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commentaires

Sicyons
30/12/2019 à 14:27

Je viens juste de le faire découvrir à mon fils hier soir ! Je ne l'avais pas vu depuis longtemps et appréhendait un peu. En effet la première (et unique) fois où je l'avais vu, j'étais (un peu comme Flash ci-dessous) resté en dehors, ressortant avec l'impression de n'avoir pas su accrocher, d'avoir trouvé le film très froid et désincarné.

Cette seconde vision a été une claque. Visuellement (et je trouve qu'on insiste trop peu là-dessus), c'est juste une tuerie. Au point (et ça arrive très rarement), qu'on peut vraiment se demander en regardant "mais comment ont-ils pu faire ça ?". Et malgré ça ce n'est pas de l'esbrouffe visuelle. L'usage des FX est impressionnant de cohérence. Leu intégration reste parfait près de dix ans après, et c'est très rare.

Je n'ai pas trop ressenti le problème de rythme, mais j'ai par contre aussi des réserves sur le personnage de Marion Cotillard. Je n'ai de toutes façons jamais été très enthousiasmé par l'actrice. De même que pour DiCaprio, que je n'ai jamais beaucoup aimé, mais qui est ici juste excellentissime. Dommage effectivement que Tom hardy ne soit pas un peu mieux utilisé. Il mérite tellement mieux.

Que dire de plus sinon que la musique, souvent proche du bruitage (et ceux-ci sont excellents), vient vraiment participer à l'atmosphère du film (même si en tant que BO je la trouve sans intérêt en dehors du film). Et tout a déjà été dit 100 fois sur ce scénar à tiroirs, d'une complexité effarante au regard de la (relative) limpidité du résultat à l'écran. Il faut rester attentif tout au long du film, mais le résultat est à la fois passionnant, cohérent, imaginatif et riche en émotions.

Un grand film. Définitivement. Qui démontre à quel point Nolan est un réal important. "Tenet" me fait d'autant plus envie, du coup.

Rudy Mako
24/11/2019 à 01:35

Il n'y a qu'un qualitatif: Chef d'oeuvre

Defx
18/11/2019 à 18:32

En faire une série serait une idée astucieuse car le thème prête à plus de profondeur scénaristique

Oldskool
18/11/2019 à 11:47

"les emboîtements de rêves (jusqu'à quatre) deviennent en termes de compréhension claires"
Ah Bon ?

Cobalt
18/11/2019 à 08:29

Faire une critique d'Inception et ne même pas mentionner sa bande sonore relève du blasphème.

Dateuss
18/11/2019 à 06:23

Un monument du genre Thriller psychologique et sciences-fiction.
Quand on pense que Nolan a lui-même écrit le scénario ! Ce mec en a dans la tête. Il aurait pu en faire un livre et franchement serait devenu un auteur de best-seller.
Ce film est labyrinthique et d'une cohérence à toute épreuve. Si Tenet son prochain film de science-fiction qui semble avoir lui aussi une tonalité de thriller psychologique est du même niveau, il sera pour moi le réalisateur nº1 est termes d'intelligence d'écriture.
Si on avait pu le mettre aux commandes du prochain Matrix, je suis certain que la franchise aurait encore plus détonnée. Nolan, best intelligent's Director ( oui l'anglais fait plus ''branché '' lol)

Zut
18/11/2019 à 02:34

Ça manque de zombies, de féminisme et de woke, On est en 2019 quoi §

Flash
17/11/2019 à 22:01

Film étrange, je suis un peu resté en dehors de l'histoire, faudrait sans doute que je le revois un jour.

KEVIN DIOLES
30/07/2019 à 01:35

Bravo à monsieur Nolan pour la réalisation de ce film. Un scénario construit comme une horloge, dont les rouages s impliquent de façon à ce que la cadence et le rythme soient cohérent pour que les instant passés sonnent juste dans les scènes de reves Un film qui faut voir et revoir pour bien capter ce labyrinthe d'images et de dialogues. Un bijoux. NOTE 9/10

MadMcLane
09/05/2019 à 10:40

Nolan, tout simplement un des réalisateur les plus stimulant des dernières années. Franchement, qui peut se permettre des projets originaux aux budgets de blockbuster (à part des mecs comme Spielberg) à l'heure actuelle, sans qu'on parle de suite, remake, super- héros, reboot...? Ce mec est important pour le cinéma de divertissement surtout maintenant. Il a ses défauts bien sûr, mais largement compensé par ses qualités !

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