Critique : Allons donc, papa !

Francis Moury | 1 juin 2010
Francis Moury | 1 juin 2010

Allons donc papa ! de Vincente Minnelli est son film le plus méprisé en France... Injustement ? Le Père de la mariée avait rapporté un si gros paquet de dollars à la M.G.M. (*) que Minnelli reprend ses décors et son casting principal. Le tournage a lieu juste avant celui du ballet final de Un Américain à Paris. Dans le dernier livre important paru (éd. Bifi-Durante, coll. Ciné-regards, Paris octobre 2000) sur Minnelli, le défunt Jean-Pierre Deloux écrivait savoureusement : « Il faut être très indulgent pour trouver quelques qualités à cette niaiserie sentimentale où bougonne Spencer Tracy [...] et il est vraiment difficile de ne pas faire sienne la phrase fameuse de Gide : « Familles je vous hais. » et Minnelli lui-même avait déclaré en 1969 à Charles Higham & Joel Greenberg : « Jusqu'à l'apparition du bébé, c'était très bien mais la suite n'était qu'une succession de clichés (...) qui n'avait rien de réel. »

Nul n'étant moins bien placé pour parler d'une œuvre que son auteur, nous nous permettons de juger que c'est plutôt l'inverse qui nous semble vrai : on ne croit vraiment au film qu'à partir du moment où le bébé arrive. Et surtout le temps - qui décante souvent bien les choses - nous permet de repérer dans Allons donc papa ! l'un des thèmes majeurs de Minnelli, celui de « l'inconsistance des êtres » selon la belle formule écrite par Marion Vidal dans son étude sur Minnelli parue chez Seghers (coll. Cinéma d'aujourd'hui vol. n°76, Paris 1973). La question de cette inconsistance de l' identité se pose en effet à Spencer Tracy dès le début et elle est le véritable sujet de Allons donc papa ! Elle peut être traitée par Minnelli d'une manière dramatique (La Toile d'araignée, Les Ensorcelés, Quinze jours ailleurs, Le Chevalier des sables) voire tragique (Celui par qui le scandale arrive, Comme un torrent, Les Quatre cavaliers de l'Apocalypse) mais l'est ici d'une manière sinon comique du moins douce-amère, mi-humoristique mi-ironique, tendre et cruelle à la fois. On souffre en compagnie de Spencer Tracy et sa réconciliation finale avec la vie nous apaise lorsqu'elle se produit enfin : signe que le film n'est pas si mauvais qu'on a pu l'écrire. On pourrait en outre gloser sur le fait sociologique que le scénario de 1950 comme sa suite de 1951 aient été adaptés des mémoires d'un banquier et qu'ils critiquent tous deux avec psychologie la grande névrose familiale de cette époque mais l'essentiel est assurément ailleurs : dans ce vacillement ontologique individuel ici traité en mode mineur.

(*) Ce titre tombé dans le « domaine public » appartenait au catalogue M.G.M. : sic transit gloria mundi.

Francis MOURY

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