Critique : L'Halluciné

Francis Moury | 20 avril 2010
Francis Moury | 20 avril 2010

Distribué au cinéma très tardivement à Paris le 20 novembre 1991 par la société Sidéral, L'Halluciné [The Terror] (USA 1963) de Roger Corman fut tourné dans la foulée de son assez bonne comédie fantastique Le Corbeau [The Raven] (USA 1963) avec Boris Karloff, Peter Lorre, Vincent Price, avant que ses décors d'intérieurs de château ne soient démolis, afin de les amortir une dernière fois. Le scénario fut écrit à la fois par l'acteur Léo Gordon (*), les cinéastes Jack Hill et Francis (sans « Ford » au générique) Coppola, en tenant compte de certains plans déjà tournés avec Boris Karloff et de plans de coupe souvent utilisés dans la série Edgar Poe. Les plans d'extérieurs sont crédités au cinéaste Monte Hellman. Certains des membres les plus fameux de ce qu'il fut convenu de nommer « l'écurie Corman » travaillèrent sur The Terror.

Boris Karloff partage la vedette avec Jack Nicholson qui avait pratiquement débuté trois ans plus tôt en jouant le patient masochiste du dentiste sadique dans une amusante séquence de La Petite boutique des horreurs de Corman. La vedette féminine est l'assez belle Shirley Knight qui était alors l'épouse de Nicholson. Le scénario de The Terror est une histoire fantastique classique qui ne souffre pas des incohérences qu'on a si souvent dénoncées. Sa réputation de film réalisé pour amortir des décors, qui lui colle à la peau, n'a pas non plus favorisé un jugement critique serein : trop de culture peut nuire au jugement critique... et c'est un critique qui vous le dit ! En réalité, quelques détails mis à part comme celui du cheval de l'officier, The Terror est assez bien structuré. Il est parfois davantage influencé plastiquement par la Nouvelle vague (les raccords brutaux changeant l'échelle des plans durant les champs / contrechamp, le montage parfois heurté, parfois coulé) que par la belle syntaxe classique de la série Edgar Poe dont il apparaît, désormais, comme un étrange appendice, un curieux ersatz, une sorte d'électron en roue semi-libre. Il est cependant trop long, pas toujours bien monté, ses trucages sont d'une telle nullité qu'elle confine à l'amateurisme, et, last but not least, si son format est bien un format standard d'origine, il faut convenir que ce choix peut-être imposé par des considérations économiques est désastreux esthétiquement mais ce problème est traité dans notre test DVD plus en détail...

Au total, indiscutablement mineur mais historiquement très intéressant.

 

(*) Ceux qui connaissent la filmographie de Roger Corman peuvent aisément identifier visuellement Leo Gordon  : il joue le représentant de commerce qui s'oppose à The Intruder, et il incarne aussi l'un des bourreaux de Joseph Curwen/Vincent Price au début de The Haunted Palace [La Malédiction d'Arkham].

 

NB : A noter que des extraits de The Terror sont visibles dans le « film-culte » (peut-être un peu oublié aujourd'hui mais qui correspondait pourtant parfaitement à ce qu'on entend par cette expression) Targets [La Cible] (USA 1967) de Peter Bogdanovitch avec Boris Karloff. Bogdanovitch put en bénéficier sans difficulté car il faisait aussi partie de l'écurie Corman qui était co-producteur (au moins officieux) de Targets.

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