Chloe : Critique

Vincent Julé | 9 mars 2010
Vincent Julé | 9 mars 2010

Et si Atom Egoyan avait réalisé un épisode de Hollywood Night ? Oui, le réalisateur de Exotica et La vérité nue. C'est un peu ce que certains seraient tentés de dire devant Chloe.

Au-delà du fait qu'il s'agirait du meilleur des 82 épisodes de cette anthologie diffusée sur TF1, ce dernier film permet à l'esthète canadien de retrouver l'inspiration. Mais entièrement acquise à sa mise en scène. Car Chloe est à la fois son premier scénario qu'il n'a pas écrit lui-même, un remake du Nathalie d'Anne Fontaine et un prétexte pour questionner et représenter l'intime.

 

 

Alors que Julianne Moore rencontre la belle Amanda Seyfried dans les toilettes d'un hôtel de luxe, dans Nathalie, Fanny Ardant a déjà trouvé Emmanuelle Béart dans un bar à hôtesses pour tester la fidélité de son mari Gérard Depardieu. Dès le départ, les rapports de force et de désir entre les deux versions ne sont ainsi pas les mêmes, il ne fait aucun doute que Gérard a été adultère, que Emmanuelle est une prostituée et que c'est Fanny qui fait sa crise de la quarantaine. D'un appart parisien au bistro du coin, se joue une étude de mœurs implacable et intellectuelle du couple et de la petite bourgeoisie.

 

 

Dans des espaces épurés et fantasmés à outrance, Atom Egoyan dépersonnifie ces mêmes personnages, avec une Amanda irréelle, une Julianne vulnérable et un Liam absent, pour en faire des objets de désir et des corps de cinéma. Le spectateur et la spectatrice ne croient jamais vraiment à Amanda Seyfried en escort girl de 23 ans, ce qui ne les empêche pas de vouloir la voir (se déshabiller) et surtout l'entendre (se confier). En effet, le tour de force du film et de cette mise à nu est de rendre le verbe plus excitant et fascinant que l'action.

 

 

Chaque bout de sein, cambrure du dos ou drap froissé est une gourmandise (pour se calmer), un bâton tendu (pour se faire battre), une allumette (pour enflammer l'imagination), qui nous ramène, de manière aussi frustrante que cinglante, au même dispositif. Amanda Seyfried et Julianne Moore assises l'une en face de l'autre, pour l'instant habillées, l'une vamp übersexuée, l'autre beauté glaciale. Une phrase, un regard. Une confession, une réaction. De la disposition du décor à la gestuelle du corps, Atom Egoyan fait imploser le désir dans le cadre... et dans la salle.

C'est là, alors que les deux femmes nouent une complicité émotionnelle, que s'arrête Nathalie. Chloe et sa passion charnelle auraient pu en faire de même, ou mieux continuer indéfiniment, mais le film explose, s'autodétruit, en délaissant la matière qu'il travaillait pour raconter une histoire. Un dernier acte thriller que ne renierait pas Liaison Fatale, Sliver mais surtout le téléfilm Vengeance tous risques avec Shannon Tweed  (aussi connu sous les titres Haute infidélité, Poussée à bout et Scorned en VO). Spectateur, spectatrice et réalisateur s'en foutent, ils sont toujours pendus aux courbes et aux lèvres de Chloe.

Résumé

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