Critique : L'École de la sensualité

Francis Moury | 23 février 2010
Francis Moury | 23 février 2010

Kanno kyoshitsu : ai no technique [L'École de la sensualité] (Jap. 1972) de Noboru Tanaka est une intéressante et assez curieuse comédie dramatique, oscillant régulièrement entre phantasme expérimental onirique et réalisme survolté. Certains éléments esthétiques laissent entrevoir la maîtrise et la puissance plastique dont fera preuve Tanaka lorsqu'il passera progressivement de la comédie au drame, les années suivantes : le générique d'ouverture et son étrange chanson poétique relatant un amour impossible en 1929 tandis qu'Isao se masturbe en imaginant Ikuko dans différentes situations (des esquisses imaginaires de situations, moins concrètes et complexes que les Situations de Jean-Paul Sartre), la cruauté d'Ikuko envers son ancien amant handicapé et envers son infidèle amant, le phantasme d'un amour au milieu des flammes, la possible apocalypse atomique en guise de clin d'œil final alors que le héros semble assagi, parce que plus âgé. Impossibilité pour le phantasme de mourir : il est éternel, il résiste à toute tentative du réel de le réduire ou de le nier. Finalement, il peut même s'y substituer ou le diriger à sa guise. Peut-être est-ce lui, la véritable réalité et non pas celle que nous percevons ? Le message profond de Tanaka, authentiquement surréaliste, est bien celui-là et il l'assène déjà assez fortement à l'occasion d'une simple commande comme celle-ci. Sous les dehors efficaces, conventionnels, d'une comédie érotique sur les adolescents et leur initiation (d'ailleurs renversée à l'occasion : ce sont eux qui apprennent à Ikuko et son amant les plaisirs pervers du voyeurisme) L'École de la sensualité contient davantage qu'en filigrane la thématique et l'esthétique du futur réalisateur d'Osen la maudite (1973), de Marché sexuel des filles (1974), de La Véritable histoire d'Abe Sada (1975), et de Bondage [Danse extatique de la beauté : bondage ! / Danse extatique de la beauté : torture !] (1977).

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