Critique : Coed Fever

Francis Moury | 2 février 2010
Francis Moury | 2 février 2010

Co-Ed Fever (*) a été réalisé, sous le pseudonyme de Robert McCallum, par Gary Graver (1938-2006) qui était chef-opérateur américain de cinéastes tels qu'Al Adamson (Dracula contre Frankenstein, 1971) : Graves/McCallum signa presque 300 films et vidéofilms de cinéma-bis en tant que directeur photo et/ou cinéaste, sans compter d'innombrables collaborations non-créditées. Rien d'étonnant qu'il soit passé au X vers 1980 étant donné qu'il oeuvrait rarement dans des films de catégorie supérieure à C ou D, et le plus souvent Z.

Les recettes faciles et les demandes croissantes des distributeurs en faisaient un terrain d'essais privilégié pour un cinéaste expérimental ou pour un cinéaste débutant ou encore, cas de Graver, pour un technicien voulant passer à la mise en scène. Les producteurs comme les distributeurs étaient ouverts à toutes les idées, à tous les sujets, pourvu que le sexe y soit régulièrement entrelacé durant le film. C'est pourquoi, comme le rappelle le texte de présentation probablement rédigé par le directeur de la collection François Cognard et/ou par Cédric Landemaine, à l'attention des jeunes générations de journalistes ignorant de cette époque déjà ancienne, Abel Ferrara (The Nine Lives of a Wet Pussycat), Wes Craven (It Happened in Hollywood), William Lustig (The Violation of Claudia) flirtèrent eux-mêmes à leur début avec ce genre ! (**)

Co-Ed Fever est une comédie pornographique de série, sans autre qualité particulière qu'un casting homogène bien représentatif de l'année de sa réalisation (presque une quinzaine d'actrices entre les « starring » et les « co-starring ») mais au découpage assez mal réparti(on ne profite d'Annette Haven en « hard » qu'à la fin, et Vannessa Del Rio n'a qu'une séquence) rachetée par une mise en scène relativement nerveuse bien que dénuée de tout génie. Le comique est souvent d'une lourdeur quasi-germanique (la manière d'une lycéenne de faire remonter sa note trop basse à une composition, le dîner d'adieu de John Leslie d'une vulgarité ahurissante) tandis que la violence féminine explose à deux ou trois reprises (la punition nocturne de la fautive durant une minable cérémonie, et sa revanche contre Annette Haven). Ce dernier aspect typique du porno américain - montrer les femmes comme des êtres violents, voire plus violents que les hommes - avait été bien mis en lumière par Alain Minard dans ses anciennes critiques parues dans la Revue du cinéma. Cela dit, les séquences purement « hard » de Co-Ed Fever sont belles, bien éclairées, bien montées (sans mauvais jeu de mot) et ont désormais une mignonne valeur d'archives.

 

(*) Co-Ed est une abréviation américaine populaire qui désigne les lycées mixtes (« coeducational institutions »), puis, par extension, les lycéennes et les lycéens en faisant partie. Le titre original du générique s'écrit avec un trait d'union entre Co et Ed alors que les affiches originales ne le respectent pas : comprenne qui pourra...

 

(**) Texte qui contient quelques petites approximations historiques : d'abord les années 1970 n'ont nullement inventé la violence ni l'érotisme au cinéma, loin de là ! Ensuite, la pornographie est déjà montée en puissance commerciale puis industrielle entre 1960 et 1970 : elle ne débute pas dans les années 1970 comme on pourrait le croire en le lisant. En outre l'Amérique, entre 1972 et 1982, « sortait du Viêt-Nam » nous dit-on. Rectification  : elle en sort en 1975 alors que les pornos US les plus importants (ceux de Gérard Damiano) et les plus célèbres datent de... 1972. Trois ans avant, donc, et tournés en pleine guerre du Viêt-Nam. Enfin, concernant les tendances révolutionnaires et/ou « libératrices » du hard US, on sourit. Une ou deux personnes de ce milieu ont pu en être sincèrement convaincues, en Europe, aux U.S.A. ou au Japon durant cette époque : dont acte. Graver était pour sa part un brave technicien engagé pour réaliser un produit distribué dans le cadre d'une économie de marché tenue en majeure partie par le milieu le plus dur et le moins révolutionnaire du monde. Si on en doute, voir là-dessus le documentaire Inside Deep Throat, le Rated X [Classé X] (USA 2000) de Emilio Estevez, sans oublier à nouveau le Boogie Nights de P.T. Anderson, et le Hardcore de Paul Schrader qui en parlent tous et le montrent tous explicitement. On ne pense pas que la conscience de classe - histoire de parler comme les critiques communistes français des années 1970-1980 ! - du défunt « Robert McCallum » ait été très développée, même si une certaine critique sociale peut éventuellement être symbolisée dans Co-Ed Fever par la punition du personnage d'Annette Haven dans le scénario. Vieux problème, au demeurant, que Jean-François Rauger avait remis en selle en son temps : « le scénario est-il soluble dans le sexe ? »

Réponse aux prochains tests qui seront justement des films importants de Gérard Damiano !

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