Critique : Debbie does Dallas

Francis Moury | 1 février 2010
Francis Moury | 1 février 2010

Debbie Does Dallas que l'on redécouvre avec plaisir, est un film de série appartenant assurément à l'âge d'or 1970-1980 du cinéma X chimique américain. Certaines actrices sont assurément assez belles et les scènes de comédies bon enfant, assez sympathiques. Le hard est efficace et correctement monté et filmé. Rien ne le prédestinait intrinsèquement, cependant, à devenir un film important. Il l'est pourtant devenu, d'un point de vue historique, d'abord à cause de son titre dont la vulgarité fit mouche auprès du public populaire américain, ensuite à cause d'un vague scandale soulevé par l'uniforme des filles, qui ressemblait un peu trop à celui d'une équipe réelle, enfin par son colossal succès financier qui engendra une postérité significative.

Plus de dix ans après sa sortie, Hollywood et le cinéma traditionnel lui rendent un hommage allusif mais suffisamment clair au détour des dialogues du film fantastique Leviathan (Ital.-USA 1989) de George Pan Cosmatos (*). Non seulement le cinéma traditionnel américain reconnaît ainsi la popularité étonnante du film mais encore le cinéma pornographique américain lui donne, de son côté, une postérité considérable, même si parfois purement phonétique. L'édition 1990 du Blue Guide to Adult Films (édition contenant les fiches de 5400 films pornos majoritairement sinon exclusivement américains) répertorie ainsi les suites chimiques puis les séquelles magnétiques de l'original : Debbie Does Dallas II (1982 avec les même vedettes Bambi Woods, Arcadia Lake, Richard Bolla, et Eric Edwards), Debbie Does Dallas III (1985) qui est constitué pratiquement de flash-back des deux précédents et tenu pour négligeable par les critiques américains, Debbie Does Dallas IV (1987) renouvelle son casting avec en vedette Dana Lynn et Gail Force, Debbie Does Dallas V (1988) avec Kristi Leigh dans lequel les filles de l'équipe tentent de dissuader les dirigeants du club d'émigrer à la Nouvelle-Orléans, Debbie Does the Devil in Dallas (1987) où le Diable raconte comment Gail Force a passé un pacte avec lui pour que son équipe gagne, Debbie Does'Em All est un problème d'histoire du cinéma à part entière puisque deux films (plutôt des vidéofilms, selon toute probabilité) portent ce titre dont un en 1985 avec Samantha Strong. Bientôt le prénom « Debbie » s'impose à lui seul à la place du titre original comme argument de vente allusif : Debbie Goes to College (1986) avec Barbara Dare, Debbie 4 Hire [sorti chez nous par Vidéo Marc Dorcel en VHS sous le simple titre : Debbie] (1988) avec Nina Hartley en vedette, sans oublier un savoureux Debbie For President (1988) avec Nina Hartley et Alicia Monet !

Robert H. Rimmer, dans le premier volume revu et corrigé en 1986 (« revised and updated, including 1300 reviews and ratings, 2.840 supplemental listings ») de son monumental X-Rated Videotape Guide, confirme que Debbie Does Dallas fut la seconde meilleure recette au box-office après le Deep Throat (1972) de Gérard Damiano. La raison en étant selon lui d'abord le casting : les actrices avaient physiquement l'apparence et l'âge des personnages qu'elles jouaient. Dont acte.

 

(*) Il s'agit, dans Leviathan, de la séquence où les membres de l'équipage de la station sous-marine font l'inventaire des objets ramenés du coffre de la cabine du capitaine du navire russe englouti. Parmi les objets en question, une VHS sans étiquette. Quelqu'un se demande quel film peut bien y être enregistré ? Un fin plaisantin suggère : Kitty Does Kiev. L'allusion au titre Debbie Does Dallas est directement compréhensible pour le public américain des salles X de la période 1970-1980. Et la transposition russe du titre permet d'ailleurs de saisir à son état natif l'élément poétique de l'allitération, probablement aussi une des causes de sa popularité. On rappelle que « To do someone », en argot sexuel, serait équivalent à notre expression française « se le faire » ou « se la faire ».

 

NB : le pseudonyme « Jim Clack » avait été utilisé par Francis Leroi pour signer la série des 3 films pornographiques français qu'il avait consacrée aux aventures à connotation un peu sado-masochistes des pensionnaires féminines de la fameuse pension Birch : Déculottez-vous mesdemoiselles (1979), Fouettez-moi et baisez-moi encore (1979), Écolières très vicieuses (1979). Leroi suivait, en tant que producteur et réalisateur du genre, attentivement ce qui se faisait à l'étranger : le choix de ce pseudonyme était peut-être, outre une facile plaisanterie franco-française (« ça claque ! », « quelle claque ! ») aussi une allusion en forme de plaisanterie au producteur-réalisateur Jim Clark de Debbie Does Dallas, la lettre « r » en moins, la lettre « c » en plus.

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