Critique : What's up, doc ? / On s'fait la valise, docteur ?

Nicolas Thys | 16 décembre 2009
Nicolas Thys | 16 décembre 2009

What's up doc ?

En français « Quoi de neuf docteur ? » que tous les amateurs de cartoons auront reconnu comme étant la phrase la plus célèbre jamais prononcée par un lapin. Titre parfait qui résume l'ensemble du film. Depuis les acteurs puisque jamais Barbra Streisand n'aura autant fait penser à Bugs Bunny. Il ne lui manque que les oreilles !

 

Et surtout la tonalité du film est celle du cartoon. Un gag par seconde pendant 1h30 à s'en déchirer la mâchoire (de rire). Que demander de plus ? De la cinéphilie. Et bien les amateurs de screwball comedy en auront pour leur frais. Impossible de ne pas penser à l'Impossible monsieur bébé d'Howard Hawks sorti en 1938 avec un Cary Grant scientifique et coincé à souhait et une Katharine Hepburn extravagante et folle. Et cartoonesque. Comme les couleurs de ce What's up doc qui sont celle d'un dessin animé, amplifiées, hautement saturées et éclatantes.

 

Dans ce film de Peter Bogdanovitch, réalisateur plutôt bon et surtout grand cinéphile qui a écrit moult ouvrages sur Welles, Hawks, Hitchcock, Ford, Lang ou Dwan, Barbra Streisand devient Katharine Hepburn et Ryan O'Neal devient Cary Grant. Ce personnage hors du monde, plongé dans une bulle où le réel et ses frasques ne semblent pas vraiment l'atteindre puisque son univers se limite à quelques pierres qui font de la musique, ne sera dérangé que par son antithèse et pourtant la seule capable d'entrer dans sa sphère intime.

 

Et oui, car finalement, entre loufoques, même si la distance entre les deux êtres semble énorme à première vue, on se comprend toujours. Et les portes cachées qui mènent au centre de leurs mondes respectifs ne peuvent résister longtemps à leurs assauts de folies respectives. Streisand explose, O'Neal canalise et renchéri sans le vouloir, comme porté par l'énergie de la lapine folle. Et les autres ? Ils subissent, au milieu des multiples détonations burlesques qui parsèment le film et tentent de se dépêtrer du fourbi laissé par le couple en devenir.

 

Le mouvement du film est perpétuel et son rythme effréné créé par des liens matériels entre chaque protagoniste (un étage d'hôtel ou une valise) et d'autres liens émotionnels en devenir. Après une mise en place classique, quoique déjà comique, la vitesse augmente sans cesse. Un crescendo absurde, une accélération grandiose dans un hôtel trop petit pour leur énergie et qui ne pouvait qu'exploser pour terminer dans une folle course poursuite en voiture dans les rues de San Francisco qui n'a jamais été égalée depuis. Pur climax du film avant un repos bien mérité et un final certes un peu convenu mais qui aurait difficilement pu être différent sans gâcher le plaisir de l'ensemble.

 

Ironique, mordant, cynique, sarcastique, drôle, horripilant et désopilant, génial, surréaliste, burlesque et grotesque, l'âme de Bugs devrait faire partie de toute vie réussie. Elle l'est rarement dans notre monde trop conformiste, robotique et réaliste. Elle l'est entièrement dans ce film. Et, même si ce n'est pas un chef d'œuvre, ça fait un bien fou.

Résumé

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