Critique : Samson et Delilah

Thomas Messias | 24 novembre 2009
Thomas Messias | 24 novembre 2009

Avec son titre en forme de mythe et son sous-titre True love, Samson & Delilah avait tout d'une histoire d'amour flamboyante, glamour et ensoleillée, dépliant promotionnel à destination des touristes éventuels. La vérité est assez différente, bien plus plombante mais au moins aussi belle. Les deux jeunes héros sont deux aborigènes vivant dans une totale misère sociale au sein d'une communauté de plus en plus réduite et miséreuse. Si Delilah se démène comme elle peut pour assurer la survie de sa grand-mère et subvenir à quelques besoins primaires, Samson se perd dans des rêveries transcendées par l'essence qu'il sniffe du matin au soir. Les paysages australiens importent peu : pour ces deux-là, il n'y a pas de panorama, juste une inexorable impasse donnant envie de baisser les bras.


Mais Samson et Delilah finissent par tomber amoureux. Est-ce un amour par défaut, dû au fait qu'il n'y a dans les parages personne d'autre à séduire ou à aimer ? Peut-être. Au début en tout cas. Ensuite, plus rien ne peut permettre de douter de la sincérité et de la pureté des sentiments réciproques qu'entretiennent les jeunes gens. Dans cette misère totale, alors que les drames et les tuiles s'accumulent, ils se soutiennent, s'épaulent, tentent de surnager afin de fournir à l'autre une raison de vivre. L'amour véritable qui complète le titre n'a jamais autant eu sa place : Samson et Delilah n'ont absolument aucune bonne raison pour s'aimer. Ni possessions, ni projets, ni même désir charnel. Le traitement de Warwick Thornton fait toute la différence : sans fausse compassion, avec juste la distance nécessaire, il parvient à faire de ces personnages au physique assez ingrat des représentants magnifiques d'un romantisme brut trop souvent délaissé à notre époque.


L'ensemble pourrait n'être que plombant qu'il n'y avait cette lumière si délicate, cette façon de filmer quelques objets comme s'ils étaient les plus beau trésors du monde, cette faculté de saisir le moindre sourire pour en extraire la moindre dose de bonheur, aussi éphémère soit-il... En dépit de la noirceur du cadre, Thornton est parvenu à injecter du positif dans cet univers. La grande réussite de son film est qu'il ne nous épargne rien, ni le sordide ni la candeur, les deux s'équilibrant étonnamment par la grâce - c'est le mot - d'une mise en scène délicate. Porté par deux acteurs magnifiques, Samson & Delilah est une réussite singulière et scotchante, l'une des plus belles histoires d'amour de l'année, qui n'a pas volé sa Caméra d'Or.

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