Critique : Kinatay

Thomas Messias | 23 novembre 2009
Thomas Messias | 23 novembre 2009

En philippin, Kinatay signifie 'boucherie'. Titre franc du collier pour un film qui ne l'est pas moins : l'énième film de Brillante Mendoza - seule une infime partie de son oeuvre est arrivée jusqu'en France - est le récit, sec et sans concessions, d'une expédition punitive menée contre une prostituée junkie. Le tout vu à travers le regard de Peping, jeune étudiant en criminologie, qui accompagne une bande de flics dans leur sanglante et irréversible entreprise. Comme son jeune héros, spectateur plus qu'acteur de ces terribles agissements, Kinatay ne perdra pas une miette de la symphonie horrifique qui se déploie, pas à pas, afin de proposer à la péripatéticienne une fin dont elle se souviendra.


Pour autant, Kinatay n'est pas un film de voyeur. C'est plutôt un film sur le voyeurisme, qui montre à quel point le macabre peut être aussi repoussant qu'attirant - d'où la prolifération des films d'horreur dans nos video-clubs. Bien qu'en total désaccord avec les violences perpétrées par ses compagnons de virée, il est contraint à la fois de se taire - sous peine de finir lui aussi en charpie - et de ne pas quitter les lieux tant que la mission n'est pas terminée. Et le dégoût du début finira par laisser place à une certaine fascination. En se concentrant davantage sur son personnage que sur ce à quoi il assiste, Mendoza montre qu'il n'est ni Noé ni Haneke et que l'intérêt ne réside pas dans la violence elle-même mais la façon de la percevoir.


Tout ceci est le fait d'une mise en scène incroyable, récompensée à juste titre lors du dernier festival de Cannes. L'image est granuleuse, la caméra excessivement mobile, mais la précision du résultat est totale. Techniquement, c'est étourdissant : voir par exemple la longue séquence en voiture où l'on parvient à voir tour à tour chacun des occupants du véhicule participer à l'action. Le tout toujours au service d'un propos sur le dégoût et l'écoeurement. Ne pas se fier au premier quart d'heure, étonnamment tranquille et souriant avec ses scènes de mariage et de cours de criminologie : Kinatay ne tardera pas à basculer dans le vif du sujet. À vos risques et périls.

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