Critique : Visage

Thomas Messias | 8 novembre 2009
Thomas Messias | 8 novembre 2009

C'est donc l'histoire d'un cinéaste taïwanais qui vient à Paris pour tourner un film autour du mythe de Salomé, et qui peine à accomplir ce pourquoi il a quitté son pays. Mieux vaut faire le point sur le postulat de Visage avant d'entrer dans la salle, sous peine d'être bien incapable en sortant de raconter un peu de quoi parle le film. Plus que jamais, Tsai Ming-Liang s'affranchit en effet de toute contrainte narrative, n'insérant çà et là que des bribes d'histoires, qui donnent paradoxalement lieu aux moments les plus ennuyeux du film. Visage est un long film doublé d'un film long, qui resserre peu à peu son emprise sur une durée de deux heures vingt.


Certes, Fanny Ardant passe des coups de fil pour tenter de régler les problèmes qui jalonnent le tournage ; certes, Jean-Pierre Léaud doute d'être l'interprète idéal pour incarner le roi Hérode... mais à part ça ? Franchement ? Rien. Les connaisseurs du mythe de Salomé trouveront peut-être leur compte, du moins en partie, dans cet enchaînement de scènes sans cohérence scénaristique apparente. Les autres risquent d'en ressortir aussi incultes qu'en entrant. Non, décidément, ce n'est pas sur le fond que le dernier TML interpelle ; en revanche, il est d'une beauté formelle absolue, qui nécessite de s'abandonner pour être totalement appréciée.


On n'a jamais fait mieux que le Taïwanais pour filmer des incidents domestiques : dans La saveur de la pastèque, par exemple, des crabes vivants s'échappaient de la marmite et filaient la frousse de sa vie à une pauvre cuisinière. Tsai Ming-Liang commence ici par filmer une fuite d'eau et ses conséquences, atteignant des sommets dans ce curieux mélange de burlesque et d'esthétisme dont il est le parangon. Ça dure des plombes, et c'est cela qui est drôle. Et beau. Par la suite, Laetitia Casta se trémoussera en reprenant dans un charmant playback quelques chansons romantiques d'origines diverses ; elle déambulera dans des couloirs en traînant tant bien que mal l'imposante traîne de sa robe ; elle badigeonnera son amant de purée de tomates avant de se transformer en femme-pieuvre... L'actrice (oui, l'actrice) est la véritable star de Visage, son corps idéal et ses mimiques de starlette collant parfaitement à l'univers du réalisateur. Toute la beauté du film est là, dans ces longues scènes à la signification si bien cachée qu'on n'a guère envie de la chercher. Voilà un film pas facile, mais qui procure un bonheur certain pour peu qu'on le laisse s'installer.


Il a malheureusement fallu que Tsai Ming-Liang y aille de son petit hommage personnel à la Nouvelle Vague, ce qui finit par être d'une ringardise folle tant tous les metteurs en scène étrangers (plus quelques français) nous refont le coup régulièrement. On n'en peut plus de ces personnages qui sifflotent Le tourbillon de la vie ou de l'utilisation de Fanny Ardant non comme l'actrice qu'elle est peut-être encore mais comme une simple icône truffaldienne. La longue séquence dans laquelle elle mange des fruits en lisant un gros bouquin sur François Truffaut ressemble à l'hommage le plus lourdement appuyé qu'on ait vu depuis des années. Ce qui confirme que Tsai Ming-Liang n'est jamais aussi brillant que quand il n'a rien à dire et assez peu à raconter.

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