Away We Go : critique on the road

Vincent Julé | 3 novembre 2009
Vincent Julé | 3 novembre 2009

Impossible de ne pas mettre Away we go en perspective avec Les Noces rebelles. A peine neuf mois séparent les deux derniers films du réalisateur Sam Mendes, alors qu'il lui faut d'habitude trois ans pour accoucher d'une œuvre. Il ne fait aucun doute que derrière cette précipitation se cache un besoin. Par exemple de fuir la fatalité du couple et le lieu du crime qu'est la banlieue bourgeoise, surtout que Kate Winslet est sa femme à la ville. Mais aussi de fuir Hollywood, ses stars et ses dizaines de millions de budget. Away we go est donc à la fois un road movie et un film indépendant, tous les deux américains.

 

 

Dès les premières notes du songwriter Alexi Murdoch, la bande originale se rappelle à tant d'autres, dépressive mais sucrée. Sam Mendes n'a pas besoin de poser son univers, le titre « Orange Sky » s'en charge pour lui. Le spectateur est alors en terrain connu, à Sundance, et il n'est pas surpris d'y croiser les acteurs Jeff Daniels, Allison Janney ou Maggie Gyllenhall. Mais en échangeant les icônes Leonardo DiCaprio et Kate Winslet pour les méconnus John Krasinski (de The Office US) et Maya Rudolph (du Saturday Night Live et My Dick in a Box), le cinéaste joue une autre carte, celle d'une culture télé, pop et exigeante. Si en France, ils ne sont ne sont que des silhouettes colorées sur une affiche, aux Etats-Unis, ils sont le symbole de la génération de la chaîne HBO, du label Rough Trade et du festival de Sundance ou de Toronto. Pas encore cynique, mais plus vraiment naïve. Ainsi, dans leur road trip à la recherche du foyer parfait, ils ne rencontrent pas des familles rednecks ou catholiques, mais des parents hippies, des parents adoptifs, des parents dysfonctionels. Et eux, quel type de famille contemporaine sont-ils ou veulent-ils être ?

 

 

Boboisants, égocentriques, suffisants... tous les personnages d'Away we go, et surtout ses deux héros, le sont un peu d'une certaine manière. Mais c'est parce qu'ils sont caricaturaux et qu'ils sont moins importants en tant que tels que les idées qu'ils véhiculent, les questions qu'ils soulèvent et les constats (d'échecs surtout) qu'ils révèlent. De ce point de vue, le film prend à contre-pied en touchant juste, mais plus là où ça fait mal que là où ça fait rire. Film après film, Sam Mendes dissèque la « beauté américaine », la caméra à la place du scalpel, et même si son perfectionnisme l'amène parfois à rendre celle-ci artificielle, il finit toujours pas en dévoiler un nouveau visage. Qu'il soit universel comme dans Les Noces rebelles ou contemporain comme dans Away we go.

 

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