Critique : Splice

Créé : 30 juin 2010 - Patrick Antona

Spécialiste du film de SF conceptuel (Cube, Nothing ) ou à tendance paranoïaque (Cypher), le canadien Vincenzo Natali s’est essayé cette fois-ci à une autre tendance du genre, à savoir la création par manipulation génétique d’un être vivant. Ce qui aurait pu donné entre les mains d’un autre réalisateur un énième avatar de Frankenstein ou une histoire de savant-fou en but aux autorités, tourne au drame psychologique, à la fois transgressif et progressiste et néanmoins spectaculaire. Et au final d’accoucher d’un des meilleurs films de monstre qui soit et des plus émouvants.

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Décrit par Natali lui-même comme un triangle familial bien spécial, Splice s’appuie à la fois sur l’excellente performance du couple de comédiens (Adrian Body et Sarah Polley impeccables) que sur des effets spéciaux visuels et de maquillage de la plus grande qualité qui donnent vie à une des créatures des plus inquiétante et  séduisantes jamais vue sur un écran. Les premiers campent un sympathique couple de scientifiques roublards et passionnés, lié à la fois sentimentalement et professionnellement (leur département se nomme N.E.R.D. !), qui va s’acharner à l’émergence de cette être hybride réunissant les caractéristiques de nombreuses espèces animales. Une création qui les emmènera vers des horizons insoupçonnés. Car ce ménage à trois sera autant  le révélateur de leurs traumas respectifs que de l’emprise et de l’irrationalité des sentiments humains, qui prévaut le plus souvent sur les contingences scientifiques.

Point central du récit, l’être dénommé Dern, que l’on voit passé de l’état de larve (clin d’œil assumé à David Cronenberg), à celui de petit être mignon et presque inoffensif jusqu’à finir sous une nouvelle forme d’humanité à la fois belle et menaçante, est une des créations de cinéma horrifique les plus convaincantes depuis le « Brundlefly » de La Mouche ou le prédateur biomécanique d’Alien ! Création qui résulte de la combinaison efficace entre la science des effets numériques avec celle plus classique des maquillages, le tout supervisé par le maître Greg Nicotero, sans négliger pour autant les talents de mime de Abigail Chu et de la française Delphine Chanéac, cette lointaine descendante du monstre de Frankenstein arrive à susciter un trouble à la fois physique, du fait de son ambiguïté sexuelle et de sa complexe beauté, et spirituel par les interrogations que son état suscite.

 

 

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A travers elle, c’est toute une gamme d’émotions qui vient enrichir ce qui était un simple thriller scientifique à la base : ainsi désir d’enfant, recherche de l’identité sexuelle, culpabilité liée à la création se mêlent adroitement, avec toujours en filigrane  cette lutte qui se joue entre la science qui cherche à transgresser l’ordre social pré-établi et qui décide de ce qui est humain. Le spectateur est ainsi amené à faire corps avec les deux généticiens, à la fois émerveillé de leur découverte et passablement inquiet de ces développements, et éprouvant  avec eux  leurs doutes et le malaise qui commence à s’instaurer insidieusement. Mais le réalisateur évite l’écueil moralisateur, car s'il y a bien un drame inéluctable qui se déroule  sous nos yeux, il évite que l’on puisse se prononcer sur la responsabilité de chacun (les scientifiques aveuglés par leur création, la compagnie en quête de coup publicitaire), parachevant ainsi la réussite du film.

 

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Si Vincenzo Natali  n’évite pas les pièges du film de monstre classique le final arrivant, son sens de la mise en scène percutant et une certaine distance métaphorique lui permettent de transformer l’essai et de faire de Splice un des meilleurs films fantastiques de ces dernières années. Et en ces temps de vaches maigres où pullulent suites opportunistes et fades remakes, il est heureux de tomber sur un bon film original qui échappe au ronron de la production actuelle et qui plus est, fait réfléchir avec talent sur les lendemains inquiétants de la bio-génétique.

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