Funny People : Critique

Vincent Julé | 6 octobre 2009
Vincent Julé | 6 octobre 2009

Funny People est un drôle de film. Rien que le titre a quelque chose de triste. Et ces affiches, américaine comme française, où les héros sourient mais semblent écraser par le poids de leur propre existence. Les comiques sont-ils condamnés à faire rire ? 

Si Judd Apatow n'en est qu'à son troisième film en tant que réalisateur, il a derrière lui plus de 20 ans de carrière. Sans compter ses années lycée où il animait une émission comique à la radio, interviewait ses idoles et montait lui-même sur scène. Sur une variation de la crise de la quarantaine, il estime donc qu'est venu le temps de l'introspection. Funny People n'est pourtant pas un film isolé, puisqu'il fait suite directe, dans une logique implacable, à 40 ans, toujours puceau et En cloque, mode d'emploi. Après celui qui refuse de coucher pour ne pas grandir, celui qui ne refuse d'être père pour ne pas grandir, voici celui qui refuse de vivre pour ne pas grandir. Qu'il soit geek, immature ou comique, qu'il soit Steve Carrell, Seth Rogen ou Adam Sandler, Judd Apatow parle du même mec, des mêmes potes, des mêmes passions et des mêmes vies.

 

 

Il revient ainsi à l'origine de l'humour, à ces blagues écrites sur un bout de papier, à ces moments de solitude derrière le micro... au stand-up. Sa constellation de personnages, de « funny people »,  embrasse alors l'éventail possible de métiers, de talents, de starification ou de sexe. Il y a ainsi l'acteur de sitcom, le père pas drôle, la jeune comique, le scribouillard ou la vedette de cinéma. Donner ce dernier rôle, le plus important, à Adam Sandler du Saturday Night Live mais aussi de Waterboy renforce l'empathie et la mise en abyme. En plus de jouer littéralement le rôle de sa vie, Adam Sandler n'a jamais été aussi bon d'ambiguïté et non pas de drôlerie. Car Funny People n'est pas un film hilarant, l'équilibre de la comédie dramatique est rompu à plusieurs reprises, toujours volontairement. Cela parle de bites et de chattes comme jamais, toujours avec panache, parfois avec virtuosité,  mais le bon mot cache aussi souvent un mal être.

 

 

Ce n'est pourtant pas la mort imminente qui guette le personnage principal, qui donne au film ce sérieux que l'on met du temps à appréhender à sa juste valeur. Qui a vu la bande-annonce sait qu'il s'agit avant tout d'un artifice, puisqu'il va vivre. Dès lors, le film paraîtra pour certains au pire ennuyeux, au mieux doux amer tout au long de ses 2h20. Pourtant, il ne s'agit rien d'autre que d'ampleur, et il faut bien ce temps à Judd Apatow pour que sa chronique existentielle prenne tout son sens et sa force. La seconde partie, dans la famille de son ex-femme avec son Eric Bana de mari, est la plus retord, mais aussi la plus importante. Le spectateur est alors confronté à quelqu'un de vraiment pas drôle, comme il peut l'être dans la réalité. La question du comique et du rire dans notre vie est alors posée, et si les « funny people » ne pouvaient pas être drôles et heureux ? Voir une œuvre se déployer et s'épanouir ainsi en temps réel est une expérience de cinéma aussi rare que précieuse.

 

 

Résumé

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