Critique : Le Garçon au pyjama rayé

Julien Foussereau | 15 août 2009
Julien Foussereau | 15 août 2009

« Papa a une tête de mort chromée trop classe sur sa casquette d'officier. D'ailleurs, il a eu une promo et nous emmène vivre à la campagne. De ma fenêtre, je vois des fermiers travaillant derrière des barbelés. Ils font brûler quelque chose qui ne sent vraiment pas bon... »

 

On le sait, l'Holocauste est la plus grande tragédie du 20ème siècle. Il est essentiel qu'à chaque génération, cette horreur absolue soit traitée pour ne jamais oublier. L'envisager à hauteur d'enfant est a priori une idée fascinante et Le Garçon au pyjama rayé caresse des thématiques dignes d'intérêt comme cette cassure entre Bruno, le héros, et sa sœur Gretel ; entre l'acceptation du lavage de cerveau idéologique et le refus au nom d'une certaine innocence.

 

Hélas, Le Garçon au pyjama rayé confond innocence et naïveté. Autant, on est prêt à accepter le vernis normalisant d'une vie bourgeoise se craquelant peu à peu sous la pression du nazisme. Autant, il est impossible de laisser passer les énormités d'un scénario dans lequel un môme de dignitaire nazi  fait tous les jours le mur pour taper la causette avec un enfant juif affamé sans que personne ne le remarque ; quand on n'écarquille pas les yeux face à cette vision aseptisée d'un camp de la mort.

 

Cette attitude de réserve vire au malaise à mesure que le film privilégie Bruno aux dépens de Shmuel et des millions de juifs anonymes. Avant de réaliser que ce choix d'écriture n'est qu'un calcul pour un dernier acte aussi choquant que révoltant, celui où les victimes de l'Holocauste sont détournées pour faire chialer sur la connerie haineuse d'une famille de SS.

 

On se doute bien que Mark Herman, dont la filmo n'a eu de cesse de chercher le meilleur de l'humanité, ne pensait pas à mal. Déjà que, en temps ordinaire, le recours au chantage émotionnel n'enchante guère, lorsqu'il utilise l'Holocauste en accessoire, l'envie de vomir se fait pressante.

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(3.3)

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