Inglourious Basterds : critique de bâtard

La Rédaction | 20 janvier 2018 - MAJ : 22/01/2019 11:15
La Rédaction | 20 janvier 2018 - MAJ : 22/01/2019 11:15

La rédaction est partagée.

Photo Brad Pitt
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POUR

Aussi brillants soient-ils, les films de Quentin Tarantino ont toujours fonctionné en référence à, en hommage à. Cinéphile parmi les cinéphiles, groupie avant d'être idole, QT parvenait à chaque fois à trouver un ton personnel tout en s'appuyant sur les oeuvres et univers des autres. À ce titre, Inglourious Basterds constitue une véritable révolution dans le cosmos tarantinesque : pour son sixième long, le cinéaste fanboy est devenu un cinéaste tout court.

Bien entendu, il s'appuie plus ou moins consciemment sur des films passés, films de guerre comme drames romanesques ; mais c'est la première fois qu'un film de Quentin Tarantino fonctionne pour lui-même, par lui-même, aussi possiblement marquant pour les encyclopédies sur pattes que pour les nouveaux-nés du septième art.

 

Christoph WaltzChristoph Waltz, révélé par Tarantino


On n'ira pas jusqu'à parler de film de la maturité pour le metteur en scène, qui conserve une âme de gamin indépendamment de la gravité des sujets abordés. Mais Inglourious Basterds est un pas vers un âge adulte qu'on n'est pas spécialement pressé de le voir atteindre. Aussi divertissant soit le film, Quentin Tarantino fait preuve d'une retenue qu'on ne lui connaissait pas dans l'exécution des scènes-clés. La première est peut-être la plus poignante et la plus insoutenable : sur le thème du nazi qui cuisine les honnêtes gens pour déterminer s'ils sont du genre à cacher des juifs, il joue à rendre chaque seconde plus pesante que la précédente, à créer le suspense à partir de dialogues anodins en apparence, à jouer le jeu de la séduction avec le personnage le plus pourri qui soit.

Bien élevé, instruit, affable, mielleux, le colonel Hans Landa est un nazi des plus étonnants et déstabilisants. Il faut un sacré talent d'auteur pour parvenir à créer un tel malaise sans même avoir l'air borderline ; il faut aussi un sacré interprète, et Christoph Waltz est celui-là. Est-il possible d'ajouter les félicitations du jury à son prix d'interprétation cannois ? Les autres acteurs, tous judicieusement choisis par Quentin Tarantino, sont d'une perfection égale, bien qu'évoluant dans des registres bien différents. À l'héroïsme très ricain teinté tocard attitude d'un Brad Pitt répond le glamour glacé et déterminé d'une Mélanie Laurent. Til Schweiger, Denis MénochetMichael Fassbender et tous les autres mériteraient d'être cités.

 

Fassbender InglouriousMichael Fassbender, lui aussi confirmé grâce à Inglourious Basterds

Inglourious Basterds est également le film le plus simple de Quentin Tarantino, parce qu'il s'affranchit de toute déconstruction temporelle, de tout flonflon narratif, pour ne s'attacher qu'à l'essentiel : de bons personnages et une bonne histoire. La linéarité de l'ensemble a quelque chose d'émouvant tant on sent Tarantino prêt à tout pour la préserver, trop attaché à l'univers qu'il a construit pour risquer de l'abîmer par un quelconque procédé. Comme dans Kill Bill, il s'agit à nouveau d'une histoire de vengeance très dialoguée : mais cette vengeance-là semble tellement plus viscérale, naturelle, débarrassée du moindre parasite.

C'est peut-être aussi parce que le film est ancré dans la réalité d'une époque ô combien douloureuse qu'il atteint si précisément sa cible ; pourtant, Quentin Tarantino ne prend pas de gants avec l'Histoire et n'hésite pas à la triturer, à la modifier pour parvenir à son but : réussir une grande fresque violente et romanesque, à la fois urgente et ronde en bouche. La dernière demi-heure est un bouleversement de tous les instants, mais ne fait que confirmer les deux heures qui précèdent. « That might be my masterpiece », dit la dernière réplique d'Inglourious Basterds. Les années confirmeront certainement que Tarantino avait vu juste. (9/10)

Thomas Messias 

 

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CONTRE

Palme d'Or surprise en 1994 avec Pulp FictionQuentin Tarantino avait à nouveau surpris tout son monde lorsque, Président du Jury en 2004, il avait décerné la récompense suprême au Fahrenheit 9/11 de Michael Moore. Prodige du Septième Art pour les uns, simple recycleur au mieux talentueux au pire arnaqueur pour d'autres, ce véritable cinéphile chien fou qu'est Tarantino était attendu au tournant avec la présentation en compétition officielle du 62ème Festival de Cannes de son Inglourious Basterds, projet que le cinéaste chérit depuis une dizaine d'années.

 

Image 401199Mélanie Laurent



À l'arrivée, les fans du réalisateur risquent de retomber tant ce septième long-métrage de Quentin Tarantino est loin d'être à la hauteur de la réputation que s'est faite le bonhomme. Sur la forme, il n'y a rien à redire. Entouré de son équipe habituelle, le film localisé dans un nombre restreint de décors qui se comptent sur les doigts des deux mains a une sacrée gueule. Une réussite qui force d'autant plus le respect qu'Inglourious Basterds aura finalement été bouclé en tout juste un an, depuis l'écriture définitive du scénario au printemps 2008 jusqu'à sa présentation officielle en avant-première mondiale à Cannes en mai 2009.

Une richesse visuelle dont la caméra de Tarantino ne rate pas une miette, depuis l'embrasure d'une porte dévoilant l'héroïne fuyant au loin au cours du premier chapitre du récit jusqu'aux gros plans sur les yeux et la bouche d'une Mélanie Laurent se faisant belle lors du cinquième et dernier chapitre du film, le tout égrainés ça et là de petites « touches » tarantinesques et de quelques rares taillages de scalps nazis de la part de Brad Pitt et sa bande.

 

Image 401186Garde à vous


C'est d'ailleurs là la première des deux grosses déceptions d'Inglourious Basterds : le « cassage de Bosch » tant attendu et (sur)vendu n'a point lieu. On compte en tout et pour tout trois séquences de la sorte : la première apparition des basterds en action où l'on se dit alors que le film va enfin rentrer dans le vif du sujet, la scène dans l'auberge, jouissive et détonante mais trop brève, et enfin l'apothéose finale, plaisante bien que très en deçà du massacre nippon qui conclut Kill Bill : Volume I. À ces dégommages s'ajoute le massacre en ouverture, gentillet car inhabituellement suggestif pour du Tarantino. Le seul vrai fou furieux de la bande est finalement le personnage interprété par Eli Roth, qui n'a pas son pareil pour dégommer du nazi, armé aussi bien d'une batte que d'une mitraillette.

Le sale gosse castagneur qu'est Quentin Tarantino aurait-il perdu la main ? Possible, d'autant que, et c'est sans doute là le plus gros défaut d'Inglourious Basterds, celui-là même qui plombait déjà Boulevard de la mort : les dialogues sont une déception. Verbeux, interminables et très loin de la verve tarantinesque, ces derniers sont de surcroît inutiles. Seul Christoph Waltz s'en donne à cœur joie et vole la vedette à tous les autres personnages du film. Au passage, signalons la grosse arnaque marketing que constitue la présence en tête d'affiche de Brad Pitt puisque celui-ci occupe un temps de présence ridiculement réduit à l'écran.

 

Image 401178Déception


Un personnage, une poignée de scènes d'action et une B.O. (merci Ennio Morricone !) réussis sur les 2h30 que durent Inglourious Basterds. Un score bien faible pour un long-métrage de Tarantino. Et si, lors de l'épilogue, Brad Pitt lâche « c'est peut-être mon chef d'œuvre » alors qu'il taillade un ultime nazi, on ne saurait en dire autant du film. In fine, on en viendrait presque à conseiller la découverte du Inglorious bastards italien signé Enzo G. Castellari qui, bien que n'ayant aucun lien de parenté à l'exception d'un titre anglais quasi identique, a le mérite de durer une heure de moins et de ne pas tromper sur la marchandise : un gentil film Z sans prétention. (6/10)

Stéphane Argentin

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Résumé

commentaires

Gueguette
22/01/2019 à 09:45

...Et surtout très laid en terme de prise de vue.

psadem8
21/01/2019 à 14:15

Grand et long film, avec des dialogues trop longs et inutiles sauf pour le 1er chapitre - trop de violence gratuite, il y en a que çà intéresse si c'est bien fait, je veux dire à peu près vraisemblable. On a vu bcp mieux chez QT.

sylvinception
21/01/2019 à 13:27

Dès que QT pose ses caméras en France, c'est la grosse cata.
(et Mélanie Laurent, au secours...)
Y a beaucoup trop de cabotinage en général, et on se demande (trop) souvent à quel degré QT carbure.

A voir au moins une fois pour Christoph Waltz, dont la performance est bien le seul élément du film qui mette tout le monde d'accord.

Starfox
21/01/2019 à 12:00

Film assez inégal pour ma part. Des scènes géniales comme celle de l'interrogatoire au début, celle du sous-sol dans le bar avec un Fassbender démentiel et celle du resto avec le schtrudel à la crème.

Et des trucs tout nazes qui confinent à la bouffonerie comme les scènes avec Brad Pitt vers la fin du film où on se croirait dans la grande vadrouille...

warriors
21/01/2019 à 11:46

Du pur bonheur , un chef d'oeuvre !!

Raoul
21/01/2019 à 11:08

Pour moi un ratage complet ce film. C'est bavard, les scènes s'étirent dans l'ennui. Pour une fois chez Tarantino je trouve le découpage en chapitre maladroit. Du mal à rester captivé par l'histoire passée la scène du Bear Jew... Un film dont on ne se rappelle pas, bizarrement, pour l'histoire mais pour 3/4 scènes qui éclipsent tout le reste des 2h30 du film. Le cabotinage qu'on demande à Brad Pitt (correcto) est pour moi incompréhensible.

Dirty Harry
21/01/2019 à 01:44

Je passe toujours un moment excellent devant ce film. Je peux écouter les dialogues en podcast, les acteurs ont des trognes incroyables et il y a trois quatre moments de pure beauté de cinéma (l'introduction, la scène où l'élastique de la tension se tend dans la cave, David Bowie et tout ce rouge puis la mort de Mélanie Laurent). André Bazin définissait les archétypes du western comme : des hommes forts et courageux dans des paysages d'une sauvage austérité (les Basterds), une pure jeune fille vierge sage et forte (Shosanna), une sinistre canaille (le colonel Hans Landa), une menace incarnée par instant par la guerre ou les forces qui produisent la guerre, l'entraineuse du saloon qui va racheter son image auprès du spectateur en donnant sa vie (Bridget Von Hammersmark), des bagarres et surtout une justice efficace extreme et expéditive (la fin). Tarantino se sert de ces archétypes pour réinventer l'Histoire et le fait de manière réjouissante, drôle (la scène en italien), et doté d'une musique excellente à tous moments. Un régal, une sorte de dessert cinématographique, je ne m'en lasse pas au contraire des deux autres westerns qui vont suivre (quoique la première partie de Django je suis dans le meme état).

filtric
20/01/2019 à 23:56

Ce film est tout simplement jouissif et contrairement à Kill Bill, je trouve que les dialogues fonctionnent à merveille.

Jayt
20/01/2019 à 23:12

J’aime beaucoup ce film mais il m’a fallu une seconde vision pour l’apprécier pleinement car effectivement Inglorious Basterds n’est pas du tout le film que Tarantino avait vendu lors de sa conception.
Second défaut souligné par la critique : de très beaux décors mais limités et filmés bien souvent de très près. Ce qui donne bien souvent un effet théatral à l’ensemble assez verbeux qui a pu décevoir.
Néanmoins un très grand cru une fois qu’on a bien assimilé tous ces aspects.

Ggggrrrrrrr
20/01/2019 à 23:03

J'avais trouvé ce film très démago, pour ne pas dire lêche cul dans sa "relecture" du combat contre le nazisme. Tuer Hitler en le criblant de balles n'a rien de subversif. Que le nazi Hans Landa s'en sorte sans une égratignure en ayant berné tout le monde l'aurait été plus.

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