Inglourious Basterds : critique de bâtard

Thomas Messias | 20 janvier 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Thomas Messias | 20 janvier 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58

La rédaction est partagée.

Aussi brillants soient-ils, les films de Quentin Tarantino ont toujours fonctionné en référence à, en hommage à. Cinéphile parmi les cinéphiles, groupie avant d'être idole, QT parvenait à chaque fois à trouver un ton personnel tout en s'appuyant sur les oeuvres et univers des autres. À ce titre, Inglourious Basterds constitue une véritable révolution dans le cosmos tarantinesque : pour son sixième long, le cinéaste fanboy est devenu un cinéaste tout court.

Bien entendu, il s'appuie plus ou moins consciemment sur des films passés, films de guerre comme drames romanesques ; mais c'est la première fois qu'un film de Quentin Tarantino fonctionne pour lui-même, par lui-même, aussi possiblement marquant pour les encyclopédies sur pattes que pour les nouveaux-nés du septième art.

 

photo, Christoph WaltzChristoph Waltz, révélé par Tarantino


On n'ira pas jusqu'à parler de film de la maturité pour le metteur en scène, qui conserve une âme de gamin indépendamment de la gravité des sujets abordés. Mais Inglourious Basterds est un pas vers un âge adulte qu'on n'est pas spécialement pressé de le voir atteindre. Aussi divertissant soit le film, Quentin Tarantino fait preuve d'une retenue qu'on ne lui connaissait pas dans l'exécution des scènes-clés. La première est peut-être la plus poignante et la plus insoutenable : sur le thème du nazi qui cuisine les honnêtes gens pour déterminer s'ils sont du genre à cacher des juifs, il joue à rendre chaque seconde plus pesante que la précédente, à créer le suspense à partir de dialogues anodins en apparence, à jouer le jeu de la séduction avec le personnage le plus pourri qui soit.

 

photo, Mélanie Laurent

 

Bien élevé, instruit, affable, mielleux, le colonel Hans Landa est un nazi des plus étonnants et déstabilisants. Il faut un sacré talent d'auteur pour parvenir à créer un tel malaise sans même avoir l'air borderline ; il faut aussi un sacré interprète, et Christoph Waltz est celui-là. Est-il possible d'ajouter les félicitations du jury à son prix d'interprétation cannois ? Les autres acteurs, tous judicieusement choisis par Quentin Tarantino, sont d'une perfection égale, bien qu'évoluant dans des registres bien différents. À l'héroïsme très ricain teinté tocard attitude d'un Brad Pitt répond le glamour glacé et déterminé d'une Mélanie Laurent. Til Schweiger, Denis MénochetMichael Fassbender et tous les autres mériteraient d'être cités.

 

photo, Diane Kruger, Michael FassbenderMichael Fassbender, lui aussi confirmé grâce à Inglourious Basterds

 

Inglourious Basterds est également le film le plus simple de Quentin Tarantino, parce qu'il s'affranchit de toute déconstruction temporelle, de tout flonflon narratif, pour ne s'attacher qu'à l'essentiel : de bons personnages et une bonne histoire. La linéarité de l'ensemble a quelque chose d'émouvant tant on sent Tarantino prêt à tout pour la préserver, trop attaché à l'univers qu'il a construit pour risquer de l'abîmer par un quelconque procédé. Comme dans Kill Bill, il s'agit à nouveau d'une histoire de vengeance très dialoguée : mais cette vengeance-là semble tellement plus viscérale, naturelle, débarrassée du moindre parasite.

C'est peut-être aussi parce que le film est ancré dans la réalité d'une époque ô combien douloureuse qu'il atteint si précisément sa cible ; pourtant, Quentin Tarantino ne prend pas de gants avec l'Histoire et n'hésite pas à la triturer, à la modifier pour parvenir à son but : réussir une grande fresque violente et romanesque, à la fois urgente et ronde en bouche. La dernière demi-heure est un bouleversement de tous les instants, mais ne fait que confirmer les deux heures qui précèdent. « That might be my masterpiece », dit la dernière réplique d'Inglourious Basterds. Les années confirmeront certainement que Tarantino avait vu juste. (9/10)

 

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commentaires
Gueguette
22/01/2019 à 09:45

...Et surtout très laid en terme de prise de vue.

psadem8
21/01/2019 à 14:15

Grand et long film, avec des dialogues trop longs et inutiles sauf pour le 1er chapitre - trop de violence gratuite, il y en a que çà intéresse si c'est bien fait, je veux dire à peu près vraisemblable. On a vu bcp mieux chez QT.

sylvinception
21/01/2019 à 13:27

Dès que QT pose ses caméras en France, c'est la grosse cata.
(et Mélanie Laurent, au secours...)
Y a beaucoup trop de cabotinage en général, et on se demande (trop) souvent à quel degré QT carbure.

A voir au moins une fois pour Christoph Waltz, dont la performance est bien le seul élément du film qui mette tout le monde d'accord.

Starfox
21/01/2019 à 12:00

Film assez inégal pour ma part. Des scènes géniales comme celle de l'interrogatoire au début, celle du sous-sol dans le bar avec un Fassbender démentiel et celle du resto avec le schtrudel à la crème.

Et des trucs tout nazes qui confinent à la bouffonerie comme les scènes avec Brad Pitt vers la fin du film où on se croirait dans la grande vadrouille...

warriors
21/01/2019 à 11:46

Du pur bonheur , un chef d'oeuvre !!

Raoul
21/01/2019 à 11:08

Pour moi un ratage complet ce film. C'est bavard, les scènes s'étirent dans l'ennui. Pour une fois chez Tarantino je trouve le découpage en chapitre maladroit. Du mal à rester captivé par l'histoire passée la scène du Bear Jew... Un film dont on ne se rappelle pas, bizarrement, pour l'histoire mais pour 3/4 scènes qui éclipsent tout le reste des 2h30 du film. Le cabotinage qu'on demande à Brad Pitt (correcto) est pour moi incompréhensible.

Dirty Harry
21/01/2019 à 01:44

Je passe toujours un moment excellent devant ce film. Je peux écouter les dialogues en podcast, les acteurs ont des trognes incroyables et il y a trois quatre moments de pure beauté de cinéma (l'introduction, la scène où l'élastique de la tension se tend dans la cave, David Bowie et tout ce rouge puis la mort de Mélanie Laurent). André Bazin définissait les archétypes du western comme : des hommes forts et courageux dans des paysages d'une sauvage austérité (les Basterds), une pure jeune fille vierge sage et forte (Shosanna), une sinistre canaille (le colonel Hans Landa), une menace incarnée par instant par la guerre ou les forces qui produisent la guerre, l'entraineuse du saloon qui va racheter son image auprès du spectateur en donnant sa vie (Bridget Von Hammersmark), des bagarres et surtout une justice efficace extreme et expéditive (la fin). Tarantino se sert de ces archétypes pour réinventer l'Histoire et le fait de manière réjouissante, drôle (la scène en italien), et doté d'une musique excellente à tous moments. Un régal, une sorte de dessert cinématographique, je ne m'en lasse pas au contraire des deux autres westerns qui vont suivre (quoique la première partie de Django je suis dans le meme état).

filtric
20/01/2019 à 23:56

Ce film est tout simplement jouissif et contrairement à Kill Bill, je trouve que les dialogues fonctionnent à merveille.

Jayt
20/01/2019 à 23:12

J’aime beaucoup ce film mais il m’a fallu une seconde vision pour l’apprécier pleinement car effectivement Inglorious Basterds n’est pas du tout le film que Tarantino avait vendu lors de sa conception.
Second défaut souligné par la critique : de très beaux décors mais limités et filmés bien souvent de très près. Ce qui donne bien souvent un effet théatral à l’ensemble assez verbeux qui a pu décevoir.
Néanmoins un très grand cru une fois qu’on a bien assimilé tous ces aspects.

Ggggrrrrrrr
20/01/2019 à 23:03

J'avais trouvé ce film très démago, pour ne pas dire lêche cul dans sa "relecture" du combat contre le nazisme. Tuer Hitler en le criblant de balles n'a rien de subversif. Que le nazi Hans Landa s'en sorte sans une égratignure en ayant berné tout le monde l'aurait été plus.

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