Agora : Critique

Stéphane Argentin | 18 mai 2009
Stéphane Argentin | 18 mai 2009

Bien qu'il soit déjà considéré comme un grand cinéaste depuis son très remarqué premier film Tesis (1996), Alejandro Amenábar entre désormais de pleins pieds dans le monde de la démesure cinématographique avec Agora, long-métrage doté d'un très confortable budget de 73 millions de dollars.

Il fallait au moins cela pour reconstituer cette fresque historique dans la fastueuse Alexandrie du IVème siècle après Jésus-Christ. Dire que l'argent dépensé se voit à l'écran serait un doux euphémisme tant les effets visuels sont bluffants de réalisme et feraient presque passer ceux du Alexandre d'Oliver Stone, pourtant doté d'un budget deux fois plus élevé, pour du travail d'amateur. À cet performance numérique s'ajoute la mise en scène toujours aussi léchée d'Amenábar qui, lorsqu'il ne serpente pas dans les rues de cette citée tentaculaire où coexiste plèbe et opulence, la survole jusqu'à des altitudes parfois stratosphériques afin de mieux souligner la portée planétaire (voire même universelle) et intemporelle des enjeux qui se trament sur ce minuscule arpent de terre en bordure de mer.

 



Agora prend pour noyau narratif l'histoire d'Hypatie, mathématicienne, astronome et philosophe qui, dans le film, s'évertue à déterminer les lois exactes qui régissent le déplacement de la Terre au sein du système solaire. Pour camper cette femme de caractère à la fois élégante et cultivée, Amenábar ne pouvait mieux choisir que Rachel Weisz, comédienne dont les talents d'actrice n'ont rien à envier à sa beauté et dont la plastique et le visage correspondent à merveille à l'idée que l'on se fait des muses de l'Antiquité. Hasard ou coïncidence, Rachel Weisz venait d'achever The Fountain qui traite de certains thèmes identiques.

 


Plus qu'un péplum, Agora raconte avant tout l'histoire d'une ville qui, à l'époque, va régulièrement se retrouver à feu et à sang, tiraillés que sont ses habitants par leurs croyances divergentes : païens vs chrétiens, chrétiens vs juifs, religieux vs scientifiques... Ces clivages seront autant de sources d'affrontements en place publique (l'« agora » désignait le lieu de rassemblement au temps de la Grèce antique), dans les rues de la citée ou encore au sein de la célèbre bibliothèque, lieu de savoir par excellence, le tout filmé avec une âpreté qu'on ne soupçonnait pas chez le cinéaste hispanique (lapidations, décapitations...) mais sans pour autant tomber dans le graveleux.

 


Loin d'être gratuits, ces conflits découlent de choix d'individus eux-mêmes en proie à des doutes politiques, religions et sentimentaux avec comme autre cœur du récit, le triangle amoureux formé par Hypathie (Rachel Weisz), Oreste (Oscar Isaac) et Davus (Max Minghella, fils du regretté réalisateur britannique Anthony Minghella). Ce dernier personnage, fictif au milieu d'histoires et de vies bien réelles, couplé au traitement visuel et à la multitude de thèmes abordés ne manquera pas de rappeler une autre fiction d'une incroyable richesse située dans l'Antiquité : Rome. Loin d'être péjorative, la comparaison avec la prodigieuse série de HBO démontre à quel point Alejandro Amenábar, en plus de nous surprendre avec un film en costumes au budget conséquent et de nous émouvoir à nouveau avec un récit dont la fin est pourtant connue à l'avance (l'héroïne périe lapidée), perfectionne et affine sa maitrise du Septième Art film après film.

La version cannoise dure 15 minutes de plus que celle exploitée en salles.

Résumé

D'une complexité et d'une fluidité sans équivoque aussi bien sur le fond que sur la forme, brassant des thèmes toujours d'actualité près de 2000 ans plus tard (chasses aux sorcières, guerres de religions, renversements politiques...), Amenábar nous livre avec Agora bien plus qu'un simple péplum : une œuvre dense et maîtrisée de bout en bout qui témoigne de la naissance de la civilisation moderne.

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