Critique : Provoked

Marjolaine Gout | 24 février 2009
Marjolaine Gout | 24 février 2009

Oubliez les mises en scène à l'esthétique parachevée. Provoked a certes des allures de téléfilm et pas mal de vices mais que nenni la grappe d'acteurs singulière et inusitée porte cette histoire palpitante et véridique avec pétulance. Sombre fait divers mué en combat d'une vie à l'impact retentissant, Provoked nous engloutit dans une spirale narrative imparable.

 

Bienvenue en enfer, dans le quotidien d'une indienne projetée dans un mariage « calvairique ».

 

Aishwarya endosse avec tact la peau de Kiranjit Ahluwalia, femme déshumanisée par les mortifications d'un mari sadique. Face aux tortures, humiliations et viols à répétitions, provoquée une énième fois par son époux, elle craque et passe à l'action en commettant l'irréparable. Elle tente ainsi d'immoler les pieds de son bourreau, dans l'espoir de le paralyser. Au final, ils ne vécurent pas heureux pour la fin des temps...Ce plan escamoté dans un état de traumatisme aboutit au décès du mari. Kiranjit se retrouve ainsi propulsée derrière les barreaux.

 

Si la case prison peut épouvanter le commun des mortels, l'incarcération auquelle n'échappera pas Kiranjit lui donne l'opportunité d'exister. Alors reléguée au statut d'objet, depuis son mariage, elle s'épanouit au contact de femmes clefs rencontrées depuis sa réclusion. Si la maltraitance des épouses fonde la nervure de ce film, c'est le combat de Kiranjit et la lutte à ses côtés d'une association, les Southall Black Sisters, qui en composent la sève. Apprenant, s'affirmant, se battant...la progression psychologique du personnage de Kiranjit, en pleine prise de conscience, marque inéluctablement le récit de ce film. Ainsi Kiranjit opère une révolution individuelle mais aussi historique. Suite à son cas, un remaniement dans la mécanique de la justice britannique sera exécuté. La loi de la provocation sera ainsi assouplie.

 

Néanmoins, le film ne relate pas avec exactitude la véracité des faits. En effet, Kiranjit n'était pas une femme au foyer mais besognait tandis que Nandita Das qui incarne Radha Dalal, absorbe deux personnages importants en un : Pragna Patel et Rahila Gupta. Pour ceux qui souhaiteront donc en connaître d'avantage sur l'histoire exacte, vous pourrez continuer l'aventure extra « utérino-filmique » via Circle of light. Ce livre est narré sous la plume de Kiranjit et co-écrit par Rahila Gupta.

 

Pour les autres griefs à la charge du film, on notera un manque de finesse dans les personnages. On a ainsi l'impression de voir tout le gotha de la dramatisation débarquer. Nandita Das en Superwoman à la rescousse, d'une Aishwarya Rai, victime esseulée, d'un méchant pingouin, Naveen Andrews et d'un ban de juges crédules. Miranda Richardson officie quant à elle en Batwoman des cachots. Le tout est alourdi par une musique pourtant confectionnée par A.R. Rahman. Des nuances auraient été bienvenues afin d'adoucir cet ensemble enseveli sous une direction mélodramatique. Mais forte heureusement même si les personnages restent caricaturaux, les flash-back peu inspirés, la fusion du casting opère et nous cloue dans un univers à la fois surréaliste et concret.

 

Un beau sujet, qui manque certes de la griffe et de lapoésie d'un réalisateur galvanisé, mais réussit à nous envoûter au sein d'un brûlot tangible. Espérons que Provoked aura un impact positif sur ses spectateurs. Car, si Kiranjit a depuis été rejetée de la communauté asiatique (pour avoir brisé la loi du silence), rappelons qu'en France nous ne sommes point en reste. La majorité des victimes de maltraitances conjugales ne sont guère aidées. Heureusement que les associations officient ainsi comme une réponse active palliant ainsi les absences institutionnelles et juridiques.

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