Critique : Picnic

Nicolas Thys | 1 février 2009
Nicolas Thys | 1 février 2009

Sorti en 1962, Le Couteau dans l'eau n'est pas que le premier film de Roman Polanski et la naissance d'un grand cinéaste. C'est aussi la résurrection d'un cinéma polonais sclérosé depuis des années et une bouffée d'air frais : le couple dans son intimité la plus totale n'avait jamais été aussi bien décrit et ce grâce à l'arrivée inopportune d'une tierce personne.

 

En Roumanie, le cinéma cherchait à faire peau depuis la fin de Ceausescu et y parvient depuis les années 2000. Mais, avec Picnic s'incarne cette idée rafraichissante d'un cinéma libre de parler de l'intime et de poser un regard actuel et direct sur l'humain et ses relations à l'autre. Et, même si le cinéaste s'en défend, tout cinéphile retrouvera les intonations naturelles et le trio névrosé et pourtant si actuel du film de Polanski.

 

Un couteau dans des eaux roumaines ? Oui et bien plus car ce premier film d'un réalisateur en devenir, en témoignant de l'évolution de la notion de couple, rend compte de la libération d'un pays et de son cinéma. De plus, c'est aussi la résolution d'une question stylistique importante de plus de 60 ans puisque Picnic est le premier film réussi intégralement filmé selon le dispositif de la caméra subjective.

 

Depuis La Dame du lac en 1947, plusieurs réalisateurs ont en effet cherché à expérimenter l'expérience d'une caméra subjective totale. Tous furent des échecs. Il aura fallu ce film pour comprendre que le cinéma est avant tout un échange entre plusieurs individus ou entre un être et un lieu et qu'il ne pouvait donc y avoir de subjectivité que dans la multiplicité des points de vue. Ici, chaque personnage dispose de son regard propre sur le monde et sur ce qui l'entoure ce qui crée un effet étonnant où l'on se retrouve plongé à la fois dans une réalité brute et un rêve éveillé ou s'affrontent angoisse, peur, cruauté et amour, le tout magnifié par une lumière diaphane orangée et des couleurs qui hésitent délicieusement entre cauchemar et apparition fantomatique.

 

La normalité du quotidien disparait avec la ville pour ensuite entrer dans une dimension d'une inquiétante étrangeté où les êtres se perdent pour mieux se retrouver dans une boucle immuable et éternelle.

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