Critique : Le Désirable et le Sublime

Francis Moury | 20 décembre 2008
Francis Moury | 20 décembre 2008

« Ceci n’est pas un film, du moins au sens contemporain du terme. C’est une sorte d’Éloge de la Folie – qu’Érasme me pardonne – dans la mesure où cette aliénation consiste à refuser le Monde, et la Société contemporaine. L’Irréel prolongeant le Réel, le complétant, le sublimant, s’y mêlant intimement, la seule fenêtre de cette aliénation, le seul contact de cet univers abstrait avec le monde extérieur étant la télévision. J.B. »

 
Ainsi s’ouvre très littérairement et très philosophiquement ce film qui aurait pu s’appeler d’une manière ambivalente Le Visiteur d’un soir mais en renonçant à la référence à Maïmonide. Ce film encore très étonnant – au sens fort que ce verbe pouvait encore avoir au XVIIe siècle selon les tables de correspondances lexicales établies par Gustave Lanson et ses disciples - qu’est Le Désirable et le Sublime. C’était devenu l’un des films les plus rares, les plus difficiles à voir, les plus désirés en somme, de Benazeraf. Il était devenu mythique – pur objet mental d’une impossible expérience - au point que son titre était fréquemment interverti lorsqu’on en parlait dans les années 1980 et 1990, entre cinéphiles. On le nommait sans hésiter aussi bien Le Sublime et le Désirable que Le Désirable et le Sublime. La sortie de ce DVD rectifie enfin les choses. La copie 35mm avait été présentée en avant-première à la Cinémathèque française du Palais de Chaillot par Henri Langlois lui-même puis elle fut exploitée non pas dans un cinéma mais dans un théâtre reconverti en cinéma, le Théâtre de la Renaissance.

 

Aristote, Shakespeare, Goethe, Hegel, Paul de Tarse, saint Ignace de Loyola, Baudelaire, Marx, Trotsky, Sartre, Camus, font partie d’une première conversation philosophique et politique profonde, savoureuse, encore aujourd’hui, et très belle par sa mise en scène, d’un raffinement particulier. À 16’43’’ très exactement, surgissent les premières images expérimentales données pour fantasmatiques et érotiques, en monochrome rouge, vert, jaune, bleu, violet (fabuleux à 74’55’’) voire sépia, magnifiques photos d’exploitations animées, tableaux inconscients purs, rompant la trame discursive et narrative classique, animées par une musique fantastique.


Le Désirable et le Sublime est au fond, et par excellence, le film permettant de distinguer le contenu manifeste du contenu latent, le discours du métadiscours, la physique de la métaphysique, la nature de l’esprit, le réalisme du fantastique, à condition d’accepter qu’il les interfère constamment et sans solution de continuité. En apparence « film intellectuel » rébarbatif à qui en ignorerait le soubassement historique et politique, culturel et philosophique, il en est la critique dialectique et devient ainsi un film tout court doté d’une ligne dramatique bien nette mais transcendant les genres. À redécouvrir.

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