Critique : Du côté d'Orouët

Nicolas Thys | 19 novembre 2008
Nicolas Thys | 19 novembre 2008

Né en 1926 Jacques Rozier est l'un des cinéastes les plus fins du cinéma français mais aussi l'un des plus méconnus. Pour cause sa filmographie qui s'étale sur 45 ans ne compte que 5 longs métrages et trois d'entre eux ont une durée de plus de près de 2h30 ce qui ne facilite pas leur diffusion. Pourtant ses œuvres diverses ont marqué les esprits de plusieurs générations de cinéphiles. Chacun de ses films regorge d'une liberté rare et fait fi de la plupart des règles dans un cinéma soumis à des modes de production, de réalisation ou de distribution souvent très codifié et ne laissant que peu de place au hasard.

 

Liberté et insouciance sont deux maîtres mots. C'est pour cela que ses films sont souvent des comédies assez légères, qui n'ont rien en elles de graves ni de sérieux et évitent de sombrer dans le politique ou un extrême formalisme pour se concentrer sur des récits simples, clairs qui ont des allures de vacances. Déjà Adieu Philippine en 1960, malgré un fond pourtant grave, le service militaire et la guerre d'Algérie, s'attarde sur le quotidien de jeunes gens entre Paris et la Corse, entre la télévision et le club Med. Amourettes, faux triolisme, quiproquos, tout confine au détachement vis-à-vis d'une vie qui doit être tout sauf mécanique, pensée et gérée à l'avance. Le langage cinématographique est là aussi un renouveau, proche par certains aspects d'A bout de souffle de Godard mais aussi avec un esprit proche du direct télévisuel où il pourrait se passer quelque chose n'importe quand.

 

Du côté d'Orouët montre le quotidien de trois filles en vacances à la plage, rejointe par le patron de l'une d'elle et un marin amateur. Là aussi le ton est libre : une caméra légère, virevoltante, qui se moque des conventions, un 16mm léché pendant 2h30 qui affirme l'esprit film de vacances et des dialogues et situations souvent triviaux, banals mais réalistes et peu communs. On retrouve ici l'amour de Rozier pour les séquences maritimes et côtières, magnifiquement filmées comme si le film avait été réalisé spécialement pour elles. C'est un élément qui se vérifiera encore par la suite dans Les Naufragés de l'île de la Tortue et Maine-Océan dans lesquels l'eau et la navigation sont partout.

 

Ces deux derniers films aussi sont exemplaires : Les Naufragés... est un voyage exotique où un travail morne de bureau se transforme en une aventure insulaire proche de celle de Robinson. Maine-Océan verra deux contrôleurs ferroviaires sur l'île d'Yeux essayer de vivre un rêve : la chanson avec une jolie brésilienne en prime pour la pointe d'exotisme. Mais si à chaque fois la réalité rattrape les personnages avec un retour sur terre assez brusque : l'armée ou le bureau, les restes de l'aventure vécue sont toujours présentes à l'esprit, dans l'attente d'être prolongés.

 

Les amateurs apprécieront également les castings souvent étonnants de Rozier qui n'hésite pas à engager des acteurs, à l'époque, souvent cantonnés à un cinéma mal considérés et parfois proche du nanar : Bernard Menez, Luis Rego, Jacques Villeret, Maurice Risch, Pierre Richard, et dans Fifi Martingale, son dernier film qui date de 2001 : Jean Lefebvre et Jacques François. Là aussi c'est la preuve d'une liberté et d'une insouciance à toute épreuve.

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