Critique : La Donneuse

Francis Moury | 28 octobre 2008
Francis Moury | 28 octobre 2008

La Donneuse  de Jean-Marie Pallardy surfait sur un sujet alors brûlant et fut attaqué puis difficilement exploité en mai 1977, avec presque deux ans de retard par rapport à sa production. C'est en outre l'exemple d'un long métrage « traditionnel » dont la vie propre fut relayée par pas moins de deux versions hard connues : Tremblements de chair et Entre aussi par derrière, toutes deux distribués en 1979 soit presque cinq ans après le film de référence qui les féconde scénaristiquement. Entre aussi par derrière fut d'ailleurs un des exemples les authentiquement surréalistes qu'on ait pu voir de « caviardage » puisqu'une bonne dizaine de séquences étaient insérées sous prétexte d'illustration onirique de la vie intérieure des personnages, et que certaines provenaient de la caméra de Pallardy, d'autres de celle de « Michel Baudricour ».

Indépendamment de toutes les déclarations de l'auteur qui valent ce qu'elles valent, La Donneuse apparaît comme un roman-photo (Pallardy monte à cheval, roule en Citroën SM, vit dans un luxueux manoir, va aux Caraïbes) assez régulièrement subverti par :

- son casting surprenant (le médecin de famille est interprété par Jacques Insermini tandis qu'à 10'37'' précisément on aperçoit, assise à côté de lui dans son bureau... Siegred Cellier écoutant sa discussion avec Pallardy),

 - ses dialogues post-synchronisés qui oscillent entre naturel, littéraire (la dispute avec Bernard Musson) et vulgarité (la voix d'Insermini la joue « gangster » plutôt que « médecin ») parfois ordurière (le tout premier dialogue entre Jean-Paul et son épouse au lit),

- son scénario qui fait se croiser Hollande permissive (le casting est d'ailleurs assez typique des premiers films hollandais réalisés par le cinéaste de Basic Instinct) et France rigide,

-  sa mise en scène enfin, jamais dupe de la fausseté profonde du genre et qui retrouve, sous la fonctionnalité de la fiction, une certaine vérité parfois fugace des êtres et des choses (par exemple, les échanges de regard entre Insermini et Pallardy seraient davantage à leur place, tels qu'en eux mêmes, dans un polar mais ils ont lieu ici : décalage ostensible) en jouant constamment de son impact tout en maintenant son « premier degré » commercial au niveau « nécessaire ». Exercice périlleux mais Pallardy est très à l'aise sur une telle corde raide : résultat insatisfaisant selon nous mais foncièrement intéressant.

Cette recherche pathétique d'une relative liberté au sein du carcan le plus contraignant évoque une «seconde vague » 1970 issue de celle qualifiée «Nouvelle » des années 1960, appliquant ici modestement et sans discours ses principes mais les appliquant néanmoins effectivement, presque instinctivement.

NB : Pallardy tenait suffisamment au sujet de La Donneuse pour en réaliser un remake en 2000 aux U.S.A. : The Donor avec Karen Black (notamment la partenaire de Robert Duvall et Joe Don Baker dans le très beau film noir américain The Outfit [Echec à l'organisation] de John Flynn) et David Carradine. 

Résumé

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