Appaloosa : Critique

Créé : 14 septembre 2008 - Stéphane Argentin
Stéphane Argentin | 14 septembre 2008
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Non, le western n'est pas mort. Bien que les longs-métrages dans ce registre se comptent sur les doigts d'une main au cours de ces dernières années (décennies ?), plusieurs réussites en la matière sont venues démontrer l'intemporalité du western : Impitoyable, Danse avec les loups ou encore Open range. Des œuvres crépusculaires qui entérinaient toutefois le trépas d'un genre jadis fécond : la fin du dernier grand hors-la-loi pour le chef d'œuvre de Clint Eastwood, l'extermination des Native Americans pour le film fleuve de Kevin Costner.

 

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Huit ans après Pollock, Ed Harris (re)prend le taureau par les cornes et signe avec son deuxième long-métrage en tant que réalisateur un western à contre-courant de cette procession funéraire. Appaloosa s'inscrit en effet davantage dans une certaine tradition fordienne. Un film qui magnifie autant l'Homme, les grands espaces que le mythe du far west américain. Ainsi, dès les premières scènes, Appaloosa impose sa loi en la personne du marshal Virgil Cole (Ed Harris) et de son adjoint Everett Hitch (Viggo Mortensen), son hors-la-loi avec le puissant et redouté Randall Bragg (Jeremy Irons), sa bourgade perdue au milieu de l'immensité désertique (la ville-titre) et son petit grain de sable (forcément) féminin en la personne de la séduisante Allison French (Renée Zellweger).

 

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Dès lors que tous les éléments sont en place, l'action peut débuter. En la matière, Ed Harris connaît et maîtrise son sujet et cumule pour l'occasion les casquettes d'interprète, producteur, scénariste et réalisateur. Sur ce dernier point, Harris s'est adjoint les services de Dean Semler, rien moins que le directeur de la photographie oscarisé pour son travail sur Danse avec les loups, pour un résultat à l'image qui alterne avec brio gros plans sur les visages et plans larges sur les étendues arides du Nouveau-Mexique. À défaut d'originalité (cf. les forces en présence susnommées) ou de réelles surprises (le schéma classique « premier face à face - capture du hors-la-loi - retournement de situation - duel final » est au rendez-vous), l'histoire a, quant à elle, le mérite d'avancer dans le bon sens et d'éviter le surplace.

 

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Mais la réussite incontestable d'Appaloosa réside dans l'amitié des deux hommes de loi, véritable cœur du récit. Pérenne (elle dure depuis 12 ans), à toute épreuve (y compris de l'élément perturbateur féminin) et virile (exempte de toute connotation gay façon Les Mystères de l'Ouest), cette belle et longue histoire d'amitié se concrétise à l'écran par un duo Harris - Mortensen qui fait merveille en duo pince-sans-rire autoritaire, honnête et sincère, maîtrisant aussi bien l'humour à froid (des dialogues secs et bien sentis) que les colts (des duels nerveux et brefs).

 

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Si Jeremy Irons tient la dragée haute à cette paire de shérifs, on ne saurait hélas en dire autant de Renée Zellweger qui, deux heures durant, se borne à afficher son désormais traditionnel sourire enjôleur, la bouche en cœur au milieu de son visage bouffi. Miscasting complet ou faux pas dans la direction d'acteur ? Toujours est-il qu'à elle seule, la comédienne fait sérieusement flancher le beau château de cartes construit par Ed Harris, le personnage d'Allison constituant en effet le pivot de presque tous les ressorts dramatiques du récit. Sans cela, Appaloosa aurait sans doute pu se hisser au niveau des plus grandes réussites du genre. À défaut, il devra se contenter du statut de western réussi. Ce qui n'est déjà pas si mal.

 

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