Une fiancée pas comme les autres : Critique

Julien Foussereau | 4 septembre 2008
Julien Foussereau | 4 septembre 2008

Lars Lindstrom est ce que l'on appelle un handicapé de la vie. Reclus dans son garage, ne sortant que pour aller travailler ou à l'église et incapable de tenir une conversation, il n'est pas pour autant un mauvais bougre. Son frère et sa femme enceinte se désolent de voir cette bonté incarnée repliée sur elle-même. L'inviter à dîner représente déjà un sacré combat (au sens physique du terme). Alors, imaginez-le tenter l'expérience conjugale. Lars ose étrangement franchir le pas un jour. Mais à sa façon. Et Lars de présenter à sa famille ainsi qu'à toute la communauté Bianca : beauté brésilienne aux cheveux noirs de jais, dotée d'une silhouette de rêve quoique peu loquace. Normal, c'est une poupée sexuelle en silicone.

 

 

Rien qu'en lisant ce résumé, on pense immédiatement à Monique, comédie franchouillarde pas fine. On ne saurait trop conseiller de l'oublier tant les deux films n'ont rien à voir. Chez cette Fiancée pas comme les autres, on retient surtout une énorme tendresse pour ses protagonistes et une infinie délicatesse à l'égard de son héros. Un peu comme si Craig Gillespie avait retenu et surmultiplié l'amour « farellien » pour les marginaux tout en écartant le slapstick trash. Mieux encore, une forte influence de l'esthétique scandinave, voire islandaise (on pense parfois à Noi Albinoi)  plane tout au long du film. Pourtant, Une fiancée pas comme les autres a un esprit humaniste typiquement américain, dans ce qu'il a de meilleur. C'est d'ailleurs ce qui lui permet d'échapper avec une grâce assez ahurissante à tous les pièges dans lesquels beaucoup d'autres n'auraient pas manqué de s'engouffrer.

 

 

Cela repose presque sur une seule idée, mais essentielle : délaisser complètement l'explicitation du sexe. Ne surtout pas l'assimiler à du puritanisme mais plus à la finalité d'une communication entre deux êtres attirés l'un par l'autre. Suite à divers traumatismes déclenchés durant l'enfance, Lars ressent un blocage. D'où Bianca. Toute la beauté du film réside dans la compréhension de ce problème par la psychologue Dagmar (formidable Patricia Clarkson) et le reste de la communauté. D'abord réticente, cette dernière finit par tendre la main à Lars pour prolonger le background de Bianca sorti tout droit de l'imagination de Lars. Objet inanimé, elle devient le réceptacle à un désir d'évolution éprouvé par un individu écrasé par sa solitude et ses traumas. Saluons en cela la performance exceptionnelle de Ryan Gosling qui prouve une fois encore qu'il est un des acteurs les plus talentueux de la jeune garde américaine. Funambule autiste fonctionnant à l'économie de moyens, sa douceur dans le mal-être nous emmène vers des territoires émotionnels sans que l'on s'y attende. Immense performance pour un beau petit film.

 

Résumé

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