Critique : Harcelés

Julien Foussereau | 29 août 2008
Julien Foussereau | 29 août 2008

Au sortir de Harcelés, la formule qui suit est aisée : la filmographie de Neil LaBute n'en finit pas de dévaler la colline (... LaBute ?). Et Samuel L. Jackson n'en finit pas de payer ses traites avec sa succession de films on ne peut plus oubliables.

OK, le racisme est un fléau vieux comme le monde. D'accord, c'est dans le propre de l'être humain de rejeter la différence. L'angle d'attaque du racisme anti-blanc partait d'une bonne intention même si le sujet, déjà abordé par Hollywood, s'est révélé plutôt casse-gueule par le passé (cf. White Man). Soit donc Chris et Lisa Mattson, couple mixte libéral, heureux propriétaire d'une jolie bâtisse dans une bien belle suburbs californienne. Seulement, leur voisin, Abel Turner, flic afro-américain républicain patrouillant dans un quartier chaud de L.A. n'apprécie pas d'observer de sa fenêtre un jeune blanc-bec jouer à United colors of Benetton avec une frangine. There will be trouble du voisinage.

De la part d'un homme aussi intelligent et cultivé que Neil LaBute, auteur de En compagnie des hommes, premier film très prometteur, on était en droit d'attendre un drame banlieusard instillant un malaise subtil, allant pianissimo, puis crescendo. En même temps, c'est oublier que LaBute a réalisé ce nanar incunable qu'est le remake de The Wicker man, parasité par la prestation survoltée de Nicolas Cage. Quelques idées intéressantes émergent comme mettre en parallèle la crise en plein embrasement avec l'incendie des forêts californiennes se rapprochant jour après jour du théâtre des évènements. Malheureusement, les intentions formelles, aussi recherchées soient-elles, ne pèsent pas lourd face à un récit ultraprévisible (on a toujours une bobine d'avance sur Patrick Wilson...). La mayonnaise ne prend jamais. Pire, Samuel L. Jackson, par son cabotinage, la fait tourner. Et pas qu'un peu ! Pendant la moitié du film, on a l'impression d'assister à une version chiadée de Sans aucun doute : spécial voisins en discorde. Si ! si ! « Tu jettes tes mégots de cigarette sur mon talus, blondin ! » « Tu nous empêches de dormir avec ton halogène qui éclaire directement sur notre chambre, fumier ! » Et autres joyeusetés...

Bref, pour sauver les meubles, force est de reconnaître que la mise en scène est solide, quoique impersonnelle et que les compositions planantes de Mychael et Jeff Dana sont fort agréables. On en oublierait presque que la place de Harcelés se situerait davantage dans un vidéo-club. Presque...

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