Critique : La Possibilité d'une île

Vincent Julé | 27 août 2008
Vincent Julé | 27 août 2008

Et si Bernard Werber avait réalisé The Fountain ? En voilà une  accroche qui claque, qui fait peur et qui pourrait s'appliquer à La possibilité d'une île pour quiconque verrait l'essai cinématographique de l'écrivain Michel Houellebecq au premier degré. A la thématique et à la poésie du film de Darren Aronofsky répondraient l'économie et le ridicule de Nos amis les Terriens. Mais ce serait faire trop d'honneur à Werber de le comparer à Houellebecq, et bien maladroit d'entretenir plus longtemps une filiation entre ce dernier et Aronofsky. Oui, il est question de jeunesse éternelle, de recherche scientifique, de mélange des époques, mais le parallèle s'arrête là. Car en adaptant son dernier roman au cinéma, Michel Houellebecq ne fait pas dans la poésie, ne parle ni d'amour, ni de mort. Il essaie parfois, c'est vrai, mais se plante dans les grandes largeurs. Tout simplement parce que son œuvre est emprunte d'un cynisme galopant, d'un humour crasse et d'une conscience de lui-même aussi naïve que réjouissante.

Mais pour que la farce prenne, il faut que le film ait une âme. Et il en a une, mal aisée, mal aimée, qui passe à travers une relation entre un père gourou de secte et son fils qui n'y croit pas du tout, le parti pris cocasse que Raël ait été écouté et avait raison et la déshumanisation accentuée de notre société. Le gourou interprété par Patrick Bauchau donne ainsi une représentation dans un entrepôt devant des clochards qui se cassent la gueule de leur chaise, Serge Larivière en bon belge qu'il est prend ses vacances seul dans une tour de béton espagnole où les concours de bikini font peine à voir et Benoît Magimel enfile son pyjama de Teletubbies pour se la jouer néo-humain dans une grotte matricielle en toc.

Après le sexe pauvre de Extension du domaine de la lutte, il n'est question ici que d'une humanité pauvre, au bord du gouffre, au bord du ridicule. Le film l'est donc aussi, mais Michel Houellecq rappelle alors toujours le spectateur à l'ordre par une scène, un détail et garde sa complicité. Dommage qu'il rompt l'équilibre dans une dernière partie faussement poétique et vraiment ratée, car il y avait là une possibilité de cinéma.

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