Critique : La Femme aux maléfices

Nicolas Thys | 24 août 2008
Nicolas Thys | 24 août 2008

Réalisé en 1950 par Nicholas Ray, Born to be bad est délicieux de cruauté, de sarcasme et de cynisme et atteint des sommets dans ce domaine pour un drame tourné à Hollywood à cette époque. Outre la mise en scène brillante de Nicholas Ray et notamment sa manière de jouer avec le cadre, les déplacements et les espaces, l'intérêt du film réside dans le personnage incarné par Joan Fontaine qui semble y révéler une sorte de seconde nature latente dans ses autres films.

Depuis sa révélation dans Rebecca, elle interprète souvent des rôles dramatiques de jeune femme innocente frêle et fragile qui correspondent parfaitement à son physique plutôt chétif et attendrissant. Pourtant, souvent, elle parvient à se dépasser, à puiser en elle pour aller au-delà de l'image qu'elle donne et s'affirmer en tant que femme, comme si elle cachait une énergie qui ne demandait qu'à s'extérioriser pour aller au bout de ce qu'elle est, pour devenir quelqu'un d'autre.

Dans Born to be bad, Nicholas Ray joue de cette dualité mais il va la pervertir, la rendre malsaine pour faire de Joan Fontaine une garce manipulatrice de toute beauté comme on aurait aimé en voir plus. Dès le départ tout son être exprime la douceur, la délicatesse et la reconnaissance envers chacun des personnages, pourtant quelque chose cloche qui se situe non pas dans ce qui n'est pas montré mais dans ce qui est dit. Ses propos sont ceux d'une manipulatrice, d'une femme qui connait son image par cœur, ce qu'elle inspire aux yeux d'autrui pour mieux les berner et arriver à ses fins, comme l'Eve de Mankiewicz réalisé la même année.

Evoluant dans un milieu artistique cette dualité n'échappera guère à un écrivain qui va tomber amoureux d'elle, et à un peintre trop impertinent pour être berné. Seuls le seront ceux qui s'occupent d'argent et de finances, ceux qu'elle désire atteindre en somme. Si l'art est communément présenté comme un des mécanismes permettant de révéler la véritable image d'un être ou d'un monde, Nicholas Ray semble l'avoir parfaitement compris en offrant un tel rôle à une actrice comme Joan Fontaine.

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