Critique : El Cantor

Nicolas Thys | 3 juillet 2008
Nicolas Thys | 3 juillet 2008

Dans El Cantor le temps est instable. Il montre une temporalité qui se dirige inexorablement vers un passé meurtri, fait de blessures impossibles à oublier ou à refermer. Chaque objet appelle une négation du présent, de ses technologies, de ses media, de sa vitesse : un télégramme d'abord, un voyage en transatlantique ensuite, un tourne disque enfin. Même le format, un 35mm assez inhabituel pour le cinéaste, se dirige vers le film de famille 8mm, format aujourd'hui presque disparu. Tout semble se construire sur des ruines et des restes difficiles à faire tenir debout et que personne ne peut effacer à commencer par cette maison détruire que la femme architecte tente de remettre sur pieds comme avant. La question de l'holocauste parcourt le film en filigrane : images d'Oradour-sur-Glane, rappel d'Auschwitz, l'impossibilité pour le père de chanter, de vivre au présent, car les chants le rappelle à la monstruosité des camps et à une condition qu'il parvient assez difficilement à assumer.

 

Souvent froid dans sa forme, dans son esprit mémoriel dont il ne parvient à se défaire, dans sa quête individuelle obscure et perdue d'avance ainsi que dans son fond historique très solennel, El Cantor parvient toutefois à imposer un contrepoint en jouant sur un registre comique bienvenu. Un comique assez fin, dû essentiellement à cette rencontre inattendue de deux êtres complémentaires que tout oppose, le mental comme le physique, et qui rappellent par moments Laurel et Hardy. Rencontre étonnante et dissonante aussi de deux acteurs aux cinématographiques hétéroclites : Luis Rego, ancien Charlot et Bronzé vaguement reconverti dans le cinéma d'auteur depuis une dizaine d'années, et Lou Castel, incontournable cinéphilique à la filmographie (trop ?) irréprochable.

 

Assez peu représentatif du style de Joseph Morder et par moment un peu trop austère, El Cantor regorge néanmoins de séquences admirables où rêve et réalité s'enchevêtrent, où les strates du temps rappellent aux personnages qu'ils vivent encore même s'ils tendent à penser le contraire en vénérant un passé qu'ils ne pourront changer.

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