Critique : Fiancée de Frankenstein (La)

Francis Moury | 12 juin 2008
Francis Moury | 12 juin 2008

Chef-d'œuvre absolu de toute le cycle Universal, La fiancée de Frankenstein (USA 1935) de James Whale est aussi l'un des films fantastiques les plus importants de l'histoire du cinéma : son alliage de lyrisme, de cynisme, de folie, d'érotisme et de violence débouche sur le surréalisme absolu le plus authentique. 

Le Dr. Pretorius campé par l'admirable Ernest Thesiger est un emprunt direct à la tradition expressionniste allemande des « Homonculus » comme à celle de la science-fiction médiévale illustrée par Friz Lang. La créature féminine campée brièvement par Elsa Lanchester (qui joue aussi le rôle de Mary Shelley dans le prologue et n'est créditée que pour lui au générique de début) est inoubliable en raison de sa puissance dramatique et baroque, de la tension qu'elle crée vers l'absolu. Rétrospectivement, on peut dire que jamais on ne se sera rapproché autant des sources romantiques allemandes dans le cinéma fantastique américain mais que ce romantisme fantastique est allié au dynamisme anglo-saxon de tel sorte qu'il produit un objet nouveau, inédit, pleinement original.

Le scénario est très soigné et les rebondissements symboliques abondent, faisant de la créature un emblême de l'humanité souffrante, une sorte de Christ informe et maudit, prenant conscience de sa malédiction, sachant désormais parler et penser, renversant finalement les rôles de domination du film précédent en acceptant ensuite le mal. Elle accède au stade le plus noble de la conscience, celui du sacrifice librement consenti, après être passé par la plus grande amertume possible et la plus grande noirceur possible. Whale maintient soigneusement sa créature dans des limites terribles : celles d'une humanité foncière autour de laquelle se combattent le bien et le mal avant que le combat ne soit lui-même intériorisé par la créature puis sublimé par une destruction finale salvatrice, rédemptrice.

Cette hallucinante passion est parfois toute gnostique dans ses attendus comme dans ses conséquences et d'un romantisme dévastateur. Sa puissance plastique est encore supérieure à celle du premier film en dépit de quelques inégalités. La musique de Franz Waxman explose l'écran, la photo de John Mescall est plus belle encore que celle de Edeson, les effets spéciaux du grand John P. Fulton demeurent aujourd'hui encore poétiques et impressionnants. La mise en scène de Whale prend une envolée moins restreinte par les conventions narratives et dramaturgiques en vigueur à l'époque que dans le premier film.

Un des classiques de l'âge d'or du cinéma fantastique américain de 1931-1939.

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