Critique : Rien que pour vos cheveux

François Provost | 10 juin 2008
François Provost | 10 juin 2008

A ceux dont le dernier souvenir en date du Mossad au cinéma était le méticuleux Munich de Spielberg, passez votre chemin. Pour les autres, curieux et autres déviants prêts a tout nouveau type d'expérience, le dernier Adam Sandler pourrait vous surprendre. Cependant loin de ces dernières performances dont Punch-Drunk Love est le point culminant, il nous offre ici un rôle à la démesure du Saturday Night Live l'ayant vu naitre. Et pour cause, que peut-on possiblement espérer d'un film dont le personnage principal, agent star de l'anti-terrorisme israélien, feint sa propre mort pour fuir à New York entreprendre une carrière de coiffeur-styliste ? Réponse : Tout, absolument tout.

Et dans le registre de la comédie, Sandler fait très fort en s'adjoignant au scénario les services de Judd Apatow, nouveau grand manitou du domaine, avec lequel il coordonne une galerie de personnages tenant lieu de communauté israélo-palestinienne exilée en plein New York, représentant les laissers pour compte du rêve américain. Une situation propice aux piques plus ou moins finaudes, étalant du stéréotype discutable par couches entières (pour un conflit dont on peut pourtant difficilement rire), cependant désamorcée dans une scène où une fois rassemblés, les protagonistes se trouvent une unité en constatant avec un certain humour qu'ils sont tous plus ou moins considérés comme des terroristes au pays de l'Oncle Sam.

L'autre bonne surprise du film, c'est John Turturro, éternel second rôle qui incarne ici le Phantom, némésis absolu du personnage, dont le plus grand fait d'arme aura été de créer une chaine de kebab dont il est la star. Un Turturro qui cabotine comme pas permis, en ersatz de dictateur à l'accent à couper au couteau, parfaitement à l'aise aux cotés d'Adam Sandler dans une production régressive à laquelle on ne pourra vraiment reprocher qu'un humour frivole en-dessous de la ceinture très prégnant, mais carrément réjouissant en ces temps de disette (si on se laisse aller).

Trimballant un air ubuesque de bout en bout, Adam Sandler parvient magnifiquement à nous faire croire à son rôle de héros lassé des guerres et cherchant un réconfort autre dans la satisfaction de ses dames. Mais là où l'on finit par vraiment parler de plaisir, c'est dans la démonstration des talents du sieur, aussi habile des ciseaux que du tennis avec grenade, au style de combat dégénéré particulièrement efficace. Et attendez de constater avec quelle aisance le film bascule dans le kitch, rappelant ces vieilles bandes turques des années 70 parodiant les succès du moment, bande-son à l'appui, pour oser parler de plaisir coupable...

Avec un sens de la comédie sans temps morts, des seconds rôles déchainés (Turturro en tête, mais aussi Rob Schneider et Kevin Nealon de Weeds) et toujours une blague à base d'humus sous la main, You don't mess with the Zohan est au final une excellente pantalonnade pour les esprits déviants sommeillant en chacun de nous. Mike Myers a presque du souci à se faire.

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(5.0)

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