Critique : Le Voyage en douce

Nicolas Thys | 22 mai 2008
Nicolas Thys | 22 mai 2008

Le Voyage en douce est un film troublant qui se pare d'un érotisme tendre et mystérieux, jamais obscène, tout au plus dérangeant, un film placé sous le signe de la nature et de la mémoire, du désir et du retour aux sources. L'histoire est simple, et même assez banale en apparence mais admirablement traitée, très légère, teintée d'humour et grave à la fois : deux femmes, amies de toujours, assez différentes, partent faire un voyage de quelques jours dans le sud de la France et c'est l'occasion pour elles de parler du désir, du plaisir, d'évoquer leurs expériences sexuelles passées.

 

Le film s'ouvre d'ailleurs brillamment sur L'Ode saphique de Brahms. En quelques mesures tout est dit. Deville ne cesse de flirter avec l'homosexualité sans jamais y entrer pleinement, jonglant avec quelques plans éloquents, souvent furtifs comme un sein, une nudité ombragée, parfois plus longue comme une séquence de baiser contrôlée, un instant photographique. Mais rien de caricatural, tout est toujours dans la douceur.

 

C'est également l'occasion pour le cinéaste d'expérimenter. Formellement le film n'est peut-être pas novateur mais il reprend et synthétise à bon escient tous les grands procédés cinématographiques de représentation du souvenir et du passé. Jamais pourtant le cinéaste ne fait de la forme pour la forme et n'alourdit son film avec des procédés inutiles. Tout est parfaitement à sa place et c'est là qu'on se rend compte de l'intelligence de la mise en scène et de l'écriture de Deville.

 

Il va du plus familier, le simple flash-back, au plus étonnant, la reconstitution photographique : une mémoire morte et fragmentée, en passant par les nappes de temps mêlant présent et passé au cours d'une visite au musée, la reconstitution en images d'une scène racontée, ou encore le simple montage sonore d'une scène de viol, l'horreur entendue mais impossible à montrer. Proposant une œuvre forte sur le temps, la beauté, le désir et la féminité Deville réussit à éblouir, émouvoir et amuser sans jamais ennuyer ni sombrer dans un psychologisme pompeux.

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