Critique : JCVD

George Lima | 13 mai 2008
George Lima | 13 mai 2008

Qui l’eut cru ? Star des nanars musclés et décérébrés des années 90 et moulin à conneries sur les plateaux télé, Jean-Claude Van Damme est aussi un bon acteur ! A 47 ans, le plus bodybuildé des acteurs belges dévoile un joli talent d’interprète. Dans JCVD, le deuxième long de Mabrouk El Mechri, réalisateur du très honorable Virgil, le king de la métaphysique joue son propre rôle, Jean-Claude Van Damme, qui, en proie à des problèmes financiers et matrimoniaux, revient dans son plat pays pour résoudre la crise. Hélas la situation s’aggrave lorsqu’il franchit le seuil de La Poste d’une bourgade belge qu’un trio de braqueurs a décidé de braquer… Commence alors le calvaire pour un Jean-Claude déchiré entre ce que les gens attendent d’un héros d’action movie et l’homme ordinaire qu’il est en réalité. Comment en effet être à la hauteur de sa réputation sans blesser autrui ou ternir son image ?

 

Entre références populaires, quelques images d’archives télévisées et pure invention, JCVD oscille constamment entre réalité et fiction. Signée Mabrouk el Mechri et Frédéric Bénudis (l’un des Mr Cinéma de la télévision), cette comédie parodique joue constamment sur le décalage entre JCVD, star des médias et du cinéma, et Jean-Claude Van Varenberg, homme ordinaire et acteur de profession. Le citoyen Van Damme n’en mène en effet pas large devant la bande de gangsters qui, l’arme au poing, se foutent des talents de karatékas de leur otage, dont les high-kicks et autres acrobaties  ne sont destinés qu’à divertir l’un des braqueurs groupies. 

 

Apparemment fans de la première heure du Mr Muscle européen, les scénaristes ont truffé leur histoire de clins d’œil à la carrière de l’acteur, de ses collaborations avec John Woo (lancé à Hollywood par Van Damme) à sa pseudo- concurrence avec Steven Seagal, l’homme à la « ponytail » (= queue de cheval). Bouc émissaire préféré des médias depuis ses leçons de spiritualité télévisées, Van Damme fait preuve d’un sens de l’autodérision qu’on ne lui connaissait pas. Outre les nombreuses séquences sur son addiction au franglais (« check la trousse », « aware »…), l’acteur a accepté que ses cultissimes leçons de vie apparaissent dans le film. Face aux images de la fameuse scène du « 1+1=11 », diffusée à la télé lors du braquage, le Van Damme du film semble affligé par l’absurdité de ses propos même si l’acteur, le vrai, semble les assumer : «  Bizarrement quand je regarde les extraits d’interviews où je disais beaucoup de conneries, je ne comprends plus cette période. Mais je ne peux pas me punir pour ce que j’ai pensé ou dit. » Joli pied de nez à tous ses détracteurs, le film pousse même le vice en tirant une larme au spectateur ou, tout au moins, en titillant sa corde sensible. A l’image des deux vendeurs du vidéoclub qui croient coûte que coûte en leur idole de jeunesse, le réalisateur témoigne d’un réel amour envers son comédien à qui il offre son meilleur (voire son premier) rôle.

 

Héros vieillissant aux cheveux teints et au visage buriné, Van Damme se dévoile face caméra dans un monologue entremêlant vie privée (ses « wives », la drogue…), vie publique (ses « bullshits » à la télé…) et carrière cinématographique (la machine à fric des vidéoclubs…). Aussi déstructuré soit-il, ce plan séquence dans lequel le spectateur peine à démêler le vrai du faux laisse entrevoir l’homme derrière l’acteur et balaye les a priori bâtis sur quelques images démesurées et multidiffusées.  

 

Brillante mise en abîme, JCVD est aussi une comédie de braquage fidèle aux codes du genre… ou presque. Le décor et la mentalité d’un petit village belge, la construction en flashback, la présence de François Damiens (Dikkenek ..) et l’esthétique seventies lui apportent un petit grain de folie et d’originalité supplémentaire. Après Virgil, Mabrouk El Mechri confirme les espoirs placés en lui et prouve de nouveau que la nuance entre cinéma d’auteur et cinéma populaire peut être extrêmement subtile.

 

Marilyne Letertre  

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