Critique : Tokyo bordello

Francis Moury | 12 avril 2008
Francis Moury | 12 avril 2008
Yoshiwara enjo / Tokyo Bordello (1987) est, de toute évidence, un retour à l'esprit des trois adaptations filmées antérieurement par Gosha à partir des oeuvres littéraires de la romancière Tomiko Miyao bien que, cette fois-ci, il filme un scénario original - signé par Kasuo Kasahara (le scénariste des premiers Combats sans code d'honneur de Fukasaku) et co-signé par l'un des cinéastes de la violence les plus importants de la Toei, Sadao Nakajima, dont l'inspiration élégiaque était alors prédominante, mais à qui il restait de toute évidence de beaux restes dans la première veine ! – inspiré plastiquement par les peintures de Shinichi Saito, qui illustrent les génériques d'ouverture et de fin.

 

De cet alliage typiquement Toei, érotique et violent, réaliste et fantasmatique, Gosha tire un beau parti assez personnel en raison du raffinement de son écriture : tel mouvement de caméra montrant l'extinction des feux, lorsque la nuit tombe sur les pensionnaires de la « maison », peut sembler banal, en dépit de sa perfection. Mais il se prolonge en un travelling arrière qui révèle une nouvelle action, parallèle, qui relance le suspense et dynamise ce qui s'avère un magnifique plan-séquence. Même remarque pour le suicide public de la geisha désabusée : un obsédant bruit d'insecte accompagne l'action, la contrebalançant d'une inquiétante froideur objective.

 

Du point de vue historique, Yoshiwara enjo a la même valeur documentaire que tel classique de Ushida ou tel autre de Mizoguchi. Du point de vue thématique, Gosha confirme son intérêt pour la psychologie des profondeurs : il y a chez lui une veine authentiquement balzacienne, à condition qu'on se souvienne des analyses d'Albert Béguin et du Dr. Francis Pasche mettant en évidence l'intérêt visionnaire de Balzac pour la mort et la folie. Du point de vue de l'histoire du cinéma, cette importante production tournée en Scope-couleurs, nostalgique de l'âge d'or pré-télévisuel, fut un succès au Japon. Sa perfection plastique, sa puissance dramaturgique en font, encore aujourd'hui, un des plus beaux « Geisha-eiga » jamais filmés.

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