Critique : Dans l'ombre du loup / Onimasa

Francis Moury | 31 mars 2008
Francis Moury | 31 mars 2008
Onimasa / Dans l'ombre du loup est le premier épisode d'une trilogie « féminine » - à savoir : Onimasa / Dans l'ombre du loup (1982), Yohkiro / le Royaume des geisha (1983), Kai / La Proie de l'homme (1985) – adaptée par Hideo Gosha des oeuvres de la romancière Tomiko Miyao, dépeignant le destin tourmentée d'héroïnes appartenant au monde marginal et cruel des Yakuza mais recherchant désespérément l'amour.

 

Bonne surprise pour le spectateur occidental déjà habitué au cinéma japonais, car le point de vue est inhabituel : une sorte de chronique intimiste, psychologique, du monde yakuza vu de l'intérieur par un être enfantin, puis adolescent, puis enfin adulte, qui le découvre en même temps que nous et dont l'évolution temporelle modifie la conscience comme la connaissance. Une chronique qui est doublée d'un point de vue économique et social sur l'évolution du Japon. Le lyrisme et l'émotion sont variés et réguliers, la critique acide et la violence graphique très régulière aussi. L'érotisme y est furtif mais cru. L'ombre balzacienne de Kenji Mizoguchi plane typiquement sur certaines des plus belles séquences du film. Mentionnons la performance des actrices principales, au premier rang desquels l'héroïne (dédoublée entre une jeune actrice et une actrice adulte, la belle Masako Natsume morte à vingt-sept ans au sommet de son art) et la sulfureuse Shima Iwashita qui joue l'épouse du parrain. Nakadai cabotine un peu pour sa part, mais sert son rôle avec une sincérité sans faille, poussant son interprétation vers une sorte de symbolisme légendaire qui n'étouffe pas son humanité. Tamba n'a pas grand chose à faire mais le fait très bien, comme d'habitude.

 

Les conditions de production et de distribution difficiles du Japon des années 1980 – durant lesquelles la télévision puis la vidéo vampirisent le cinéma et modifient son économie comme son esthétique - n'empêchent pas Onimasa d'être une authentique production cinématographique parfois luxueuse, dotée d'une direction artistique très soignée. Sans doute un peu trop longue et donnant parfois l'impression d'un téléfilm gonflé, mais réalisée par un cinéaste tourmenté, précisément exclu de la télévision peu de temps auparavant et revenant au cinéma. Gosha révéle ici une nouvelle face de son talent – la peinture de portraits de femmes marginales - à un instant charnière de son évolution professionnelle.

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