Critique : MR 73

Laurent Pécha | 12 mars 2008
Laurent Pécha | 12 mars 2008

Alors qu'il aurait pu céder facilement à la tentation de faire un 36, quai des orfèvres numéro 2, Olivier Marchal prend un joli risque et opte pour un nouveau film très différent, beaucoup plus sombre au risque de laisser sur le carreau ceux qui avaient apprécié son Heat à la française. Beau défi mais surtout pari gagné tant son MR 73 s'impose comme son meilleur film. Et de loin ! Une belle claque dont on ne ressort pas indemne, à l'instar de son anti-héros, Schneider, campé magnifiquement, et même totalement habité par un Daniel Auteuil au sommet de son art.

 
« Noir c'est noir » aurait-on envie de s'écrier à la sortie du troisième long-métrage d'Olivier Marchal tant MR 73 prend aux tripes, noue l'estomac et fait naître l'émotion intense des œuvres enfantées dans la douleur et la sincérité. Depuis Gangsters, Marchal parle de ce qu'il connaît, ce milieu de la police qui a fait de lui un cinéaste écorché vif au point d'avouer que « faire un film, c'est accompagné d'anciennes souffrances en de nouvelles douleurs. Aujourd'hui, c'est le cinéma qui me tient la tête hors de l'eau. » Sauf que jusqu'ici, les histoires du cinéaste concernaient plus les autres, les flics qu'il avait côtoyés. MR 73, c'est strictement personnel puisque l'histoire évoquée, avec toute la fiction ajoutée qui rend le récit incroyablement cinématographique, est à l'origine du dégoût de Marchal pour son premier métier.

 
Portant en lui depuis 15 ans cette dérive aux confins de l'âme humaine dans ce qu'elle a de plus noire, Marchal et sa formidable bande de comédiens, sa famille (de sa femme, Catherine en passant par Francis Renaud, Gérald Laroche ou encore Guy Lecluyse, tous sont criants de vérité) signent un polar profondément humain, un tableau presque désabusé de vivants pratiquement déjà morts. Et pourtant dans toute cette obscurité, il y de l'espoir...Comme si Marchal arrivait à quitter quelques instants l'ombre funeste de Schneider pour trouver le salut et offrir dans une seconde partie qui prend tout son sens petit à petit un sommet d'émotions auquel il est nécessaire d'associer la performance d'une Olivia Bonamy à fleur de peau.

 
MR-73, c'est tout simplement un artiste qui se met à nu devant vous. Un homme devenu le temps d'un film (et sûrement plus à venir) un grand cinéaste qui vous assène un film viscéral à la noirceur bouleversante. Magistral !

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