Critique : Mon führer

Nicolas Thys | 10 mars 2008
Nicolas Thys | 10 mars 2008
Qu'on pense aux franchouillardes Grande Vadrouille ou 7ème compagnie, au Spielberg de 1941 et à bien d'autres, les comédies sur la seconde guerre mondiale sont nombreuses. Leur réussite tient souvent à leur capacité à se lancer allègrement, et parfois grossièrement, dans le registre comique sans s'encombrer d'un quelconque sentiment de gêne vis à vis de leur sujet. D'autres encore ont su mêler comédie et tragédie : comique de l'innocent Begnini pour amuser son fils dans La Vie est belle.

 
Le problème de Mon Führer est qu'il n'a de comique que le personnage d'Hitler grimé en pantin dépressif, le reste du film laissant exprimer une dimension dramatique inexorable avec un discours en filigrane sur les camps, l'éternelle violence ou la mort qui rôde. Et cette cruauté dont le cinéaste ne parvient à se défaire annule ou rend grotesque le comique de la marionnette Hitler. Le voir en jogging, pleurer dans un lit ou faire l'amour aurait pu provoquer l'hilarité (on se souvient de l'Hitler de Russ Meyer dans Megavixens, rachitique et grandguignolesque) mais Denis Levy ne parvient pas à passer outre la charge historique qui tourne autour du personnage pour le rendre réellement ridicule.

 
L'intrigue autour du bouffon Hitler n'a de cesse de rappeler qu'il s'agit d'un bouffon assassin qui a fait gazer plus de 10 millions de personnes dont 6 millions de juifs. Chaque plan, chaque dialogue et chaque apparition d'Ulrich Mühe, excellent par ailleurs, nous font prendre conscience de l'improbabilité de la situation et le comique recherché s'effondre, ne parvenant qu'à amplifier le drame de la séquence initiale.

Le problème de Mon Führer vient de cette incapacité à dépasser la sphère tragique pour arriver dans le registre comique et c'est d'autant plus dommage que techniquement, le film est parfaitement maîtrisé.

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