10 000 : critique préhistorique

Flore Geffroy | 24 mars 2016
Flore Geffroy | 24 mars 2016

Roland Emmerich, réalisateur spécialiste du grand spectacle hollywoodien (Independence Day, Le Jour d'après, Stargate, la porte des étoiles) s'attaque à la préhistoire.

La vie des bêtes 10 000 ans avant Jésus-Christ n'était pas drôle drôle. D'abord, les mammouths : ils se faisaient zigouiller par des chasseurs aux longs cheveux rasta qui galopaient à leurs trousses en poussant des hurlements de Guerre du feu. Ensuite, quand ils (les mammouths) en réchappaient, ils se retrouvaient enchaînés à tirer de gros blocs de pierre pour construire des pyramides, tout en se faisant fouetter par des sadiques avec des petits chignons mauves sur le crâne. Les autruches géantes, ensuite. Obligées de chasser dans de hautes herbes des proies humaines qui n'arrêtent pas de leur échapper. Les tigres gargantuesques pour finir : eux sont prisonniers de pièges hérissés de piquets et en plus, sous une pluie diluvienne qui menace de les noyer.

 

Photo Steven Strait, Camilla Belle

 

Heureusement, il y a D'Leh. D'Leh, c'est Rahan et Naoh (le héros de La Guerre du feu) à la fois. Un héros sympathique, mouton noir de sa tribu (la faute à son paternel qui a disparu un beau jour), qui, comme tout héros qui se respecte, part en quête, cette fois, de sa chérie enlevée par d'affreux bonshommes enturbannés montés sur des destriers. Il part de sa montagne enneigée, traverse une jungle hostile, déboule dans un désert brûlant... bref, la quête de D'Leh est évidemment le récit de son passage à l'âge d'homme, la découverte de qui il est, de qui il doit être.

Que dire du rien ou en tout cas du pas grand-chose ? Que les images sont sublimes de beauté, d'abord. Tourné en Afrique du sud et en Namibie, le film donne la part belle à l'immensité des paysages : c'est oxygénant. Ajoutons un gros zeste d'effets spéciaux drôlement bien fichus (mention spéciale au bestiaire qui défile sur l'écran, les mammouths sont top !) et l'on pourrait conclure que 10 000 tient bon la barre hissée haut (avec jeu de mots, NDR/ mais c'est pire plus bas) par Roland Emmerich, à qui l'on doit Independence Day et Le Jour d'après.

 

Photo Steven Strait

 

Mais... suffit-il d'un bon paquet d'images de synthèse pour faire un film ? Le côté BD des images masque à peine le manque de souffle de cette épopée anachronique dans l'ensemble et qui, curieusement, prête presque à rire de niaiserie involontaire. On a l'impression d'assister à un montage osé et maladroit de classiques du genre : La Guerre du Feu modernisée rencontre Astérix et Cléopatre, Le Clan de la caverne des ours, Indiana Jones et le temple maudit... On prendra le parti d'en rigoler au second degré ou de soupirer tristement tant cette valse d'images tourbillonne à vide la plupart du temps. Voilà une épopée plus creuse qu'haletante, un récit qui en met plein les mirettes sans pouvoir captiver pour autant. Il y manque la petite touche qui métamorphose un produit technique en histoire universelle.

 

Résumé

Un film qui ne casse pas trois pattes à un mammouth.

Lecteurs

(2.5)

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