Critique : Mikey et Nicky

Nicolas Thys | 4 mars 2008
Nicolas Thys | 4 mars 2008

Une ville la nuit c'est loin d'être toujours beau, surtout si cette ville c'est New-York et que l'on suit les pérégrinations de deux individus jusqu'au levé du jour comme le fait Elaine May, cinéaste vienue du théâtre, dans le méconnu mais très bon Mikey & Nicky. Martin Scorsese exploitera ce thème de l'errance nocturne sur le mode comique et sarcastique dans After hours une dizaine d'années plus tard.

 
Dans les deux films une ville croque des individus dans ses couloirs labyrinthiques et dans Mikey & Nicky, seule la folie et la paranoïa du personnage de John Cassavetes l'amèneront à faire retarder le moment fatidique de quelques heures. Dès sa sortie la chasse commence, les extérieurs sont les lieux de la peur et de l'inconnu, et jouer avec l'inconnu est le seul moyen de s'en sortir.

 
Le film dans son ensemble est d'ailleurs guidé par la ville et ses espaces à la fois conjoints et disjoints, abstraits par la noirceur d'une nuit totale et concret car certains lieux sont reconnaissables : un bus, un bar, une boîte de nuit. Mais ces lieux sont des espaces transitoires qu'il est nécessaire de quitter très vite : la peur d'être vu, peur d'une caméra à laquelle Cassavetes tentera de se soustraire, la lumière comme couloir vers une mort imminente. C'est cette ville qui lui offre un potentiel d'action qu'il doit se charger d'actualiser dans de multiples saynètes énergiques avant de s'échapper à chaque fois vers un autre lieu semblable aux autres par l'ambiance et différents par ce qu'il s'y produit.

 
Ce jeu sublime avec l'espace minimaliste et déséquilibré du film, ainsi que les performances magistrales des protagonistes, chacun à contre emploi dans un déferlement d'émotions contradictoires qu'on ne prête que rarement à un Peter Falk trop souvent rigidifié dans son imper, sont l'apanage de ce jeune cinéma américain indépendant des années 70, période charnière d'un cinéma qui en migrant sur la côte est à su conserver certains traits caractéristiques d'une période achevée tout en s'adjoignant une dose de liberté et d'audace dans l'écriture et la mise en scène plutôt rare aujourd'hui.

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