Films

L’Heure d’été : Critique

Par Julien Foussereau
4 mars 2008
MAJ : 21 mai 2024
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Olivier Assayas délaisse momentanément ses intrigues ayant pour toile de fond la mondialisation pour signer son film le plus français depuis Fin août, début septembre

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Une comparaison pas si anodine puisque L’Heure d’été peut s’envisager comme un parent proche. De famille il est justement question dans cette chronique intimiste et douce-amère sur la transmission. Hélène Berthier a consacré sa vie à préserver l’œuvre de son oncle, le peintre Paul Berthier. Ses enfants et petits-enfants célèbrent ses 75 ans. Elle parle de mort et d’héritage. Frédéric, son fils aîné, fait la sourde oreille. À tort. L’été touche à sa fin. Il faut plier bagage. Hélène assise dans la pénombre se laisse aller à une triste mélancolie : elle songe à sa descendance éclatée aux quatre coins du globe et redoute la dispersion de son patrimoine. À raison.

 

 

Des affaires de famille, donc. Cela n’a l’air de rien comme ça pourtant Assayas parvient à rendre les liens du sang crédibles entre les différents membres constituant ce clan. Ou ramifications devrait on dire. Car, à la mort programmée de la matriarche (poignante Edith Scob), on prend conscience de deux choses étroitement liées : la mondialisation n’est pas totalement absente de L’Heure d’été, elle va même jusqu’à dissoudre l’essence même du lien familial. À travers les désaccords de Frédéric, Jérémie et Adrienne quant à la succession (disperser l’œuvre de Paul ? Vendre la maison ?) se dessine la question des racines, de l’histoire, voire même de l’identité d’une famille dans laquelle l’enjeu n’est plus de répartir un héritage mais de s’en débarrasser. Le constat d’Assayas est dur : aux jours d’aujourd’hui, prendre ses responsabilités d’adulte consiste moins en un envol du nid qu’en une mort brutale de l’enfant que l’on a été.

 

 

 Ne pas croire que L’Heure d’été soit pour autant un film estampillé « c’était-mieux-avant » parce que Assayas n’oublie pas d’exceller dans la captation énergique de la vie et de son mouvement. Comme souvent chez lui, elle suit son cours, celui des saisons surtout. Si la descendance première faillit dans son devoir de transmission, la deuxième par sa compréhension pas encore intellectualisée d’un lieu est porteuse d’espoirs. À l’image de cet épilogue magnifique (bien que un peu long à arriver) où à l’intérieur de la maison d’Hélène sur le point d’être vendue, la fille de Frédéric organise une fête improvisée. 

 

 

Rédacteurs :
Résumé

Là, au détour d'un regard ou d'une escalade de muret, l'enracinement d'un être à son passé est perceptible. L'intime vire alors à un sentiment universel et fait de L'Heure d'été un des plus beaux films de son auteur.

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