There Will Be Blood : critique endiablée

Julien Foussereau | 21 février 2008 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Julien Foussereau | 21 février 2008 - MAJ : 09/03/2021 15:58

There Will Be Blood à la hauteur de sa renommée ? Clairement et peut-être même au delà. Depuis quand n'avait-on pas assisté à un spectacle aussi pénétrant dans son fond qu'instinctif dans sa forme ? Depuis quand un film n'avait-il pas mis le doigt avec une telle clairvoyance sur la cupidité, le capitalisme sans frein et les dérives religieuses, véritable cerbère rongeant l'Amérique ? Pas depuis les années 2000, en tout cas... Car There Will Be Blood s'impose comme le digne héritier des drames épiques et pamphlétaires sur la face cachée de la prospérité américaine, à mi-chemin entre Les Rapaces et Citizen Kane.

Mais la dimension biblique dévastatrice soufflant sur cette histoire de rapacité dévorante emporte définitivement le morceau. Dans l'évangile selon Anderson, il n'y a de Dieu que l'argent et Daniel Plainview est son messager. Little Boston a des sols pauvres pour faire pousser le blé mais riches en or noir. Qu'à cela ne tienne, Plainview bernera ses habitants en se présentant comme un businessman philanthrope doublé d'un père de famille. H.W., son fils adoptif peu loquace, n'est qu'une illusion d'humanité. Ce messie des temps modernes leur promet l'eau, les écoles, et les voies d'accès. Il les lessivera tous. Par tous les moyens.

 

Photo Daniel Day-Lewis

 

Ce jeu de dupe, magnifié par Daniel Day Lewis hallucinant à force de frôler le cabotinage sans jamais perdre une once de sa fièvre, se voit solidifié par les rapports extrêmement complexes que son personnage entretient avec son fils sans compter la révélation Paul Dano incarnant le fondamentalisme religieux dans toute sa dangerosité. Anderson ne se focalise que sur ce concentré de société primitive (famille, travail, religion) pour y dégager un sentiment d'universalité. Ainsi, cette tonalité transforme l'implacable ascension d'un homme en une parabole terrifiante sur l'hégémonie américaine du 20ème siècle.

La mise en scène découle logiquement de ce choix, à l'image de l'ouverture du film : minérale, 15 minutes sans piper mot au cours desquelles Plainview gratte telle de la vermine un boyau caverneux au mépris de sa vie et celle de ses travailleurs. Le pétrole surgit. Filmé comme le monolithe de 2001 : l'odyssée de l'espace, ce liquide fossile transforme à jamais Plainview en rapace insatiable tout en condamnant H.W. à une terrible malédiction à retardement. 

 

Photo Paul Dano

 

En toute logique, There Will Be Blood apparaît comme le film le plus maîtrisé, le plus fou aussi de son auteur. C'est une seconde naissance pour Anderson. Certes, l'homme a déjà derrière lui un parcours impressionnant mais peut-être ce talent était-il atténué par un amour des maîtres un peu trop étouffant : l'ombre de Scorsese, Altman, Edwards et Tati planait trop sur ses précédents opus. Là, le cinéaste empile un nombre hallucinant de références mais There Will Be Blood n'appartient au fond qu'à lui. La virtuosité un peu clinquante des débuts laisse enfin place à une réalisation plus posée, plus indépendante, d'où jaillissent montées d'adrénalines et saillies expérimentales.

Sa grandeur réside dans cette claque a posteriori qu'il procure. Entre la grandeur métaphorique et le réalisme des situations, Anderson est parvenu comme rarement à trouver l'exact milieu entre spectacle et art. There Will Be Blood ne se laisse pas facilement apprivoiser : il interpelle, grise, séduit avant de déranger au final. Malgré cela, le film obsède longtemps après sa vision pour mieux s'imposer. C'est une sensation que l'on n'avait pas vécu depuis Mulholland Drive, cette autre fenêtre vers l'inconscient. La différence fondamentale tient dans la rigueur de Anderson. Grâce à elle, il signe 

 

Affiche française

Résumé

Assurément un chef d'œuvre, peut-être même le film le plus marquant de ce début de 21eme siècle.

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commentaires
annatar
07/03/2015 à 18:42

Avec magnolia, le meilleur film de anderson. Fresque délirante ,véritable pamphlet anti-capitalisme , TWBB bénéficie en outre d'acteurs totalement immergés dans leurs rôles , le tout ponctué comme dans tout chef d'œuvre qui se respecte, de séquences mémorables ( l'ouverture du film d'un magnétisme absolu , ou encore son final complètement outrancier ). A ne pas louper .

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