Critique : Macadam à deux voies

Nicolas Thys | 22 janvier 2008
Nicolas Thys | 22 janvier 2008

Chez Monte Hellman le road-movie n'est autre qu'une réincarnation désenchantée du western. A y regarder de près l'épure formelle, narrative et mortifère de L'Ouragan de la vengeance et de The Shooting rencontre un écho important dans Macadam à deux voies réalisé quelques années plus tard. D'une part le récit est simple : une course automobile de la Californie vers Washington, et basé sur une absence totale d'action, d'autre part décors, paroles et acteurs sont réduits au strict minimum.

Dans son road movie Hellman filme un retour sans espoir vers l'est dans un ouest conquis, une course périlleuse et interminable au fin fond des Etats-Unis, à travers de grands espaces désertiques souvent propres au western et des plaines sauvages et désertiques où les chevaux ont été remplacés par du bitume et des cylindres. Mais, contrairement à Easy Rider, ici nul discours sur la drogue ou la rébellion, juste l'errance, le vagabondage : des personnages mutiques dont on ne sait rien, pas même le nom, portent en eux le poids d'une époque qui les a mis sur le carreau.

En filmant l'errance de quelques paumés sans avenir car oubliés par le passé, le cinéaste, profondément américain mais hanté par la culture européenne, parle du temps, un temps interminable et corrosif, qui se fait ressentir à la vision du film, mais aussi de l'espace qui n'en finit plus de se déployer jusqu'à une perte totale de repères. Chaque seconde ressemble à chaque autre, et seule la vitesse de ces courses en ligne droite rappelle aux protagonistes qu'ils sont encore vivants.

Finalement Hellman présente un état précaire d'un cinéma qui ne sait plus où aller, rattrapé par une modernité fatale, voué à une inlassable répétition avant désagrégation. Beckett et Kerouac ne sont jamais très loin. D'où ce final, le plus beau du cinéma, où l'incandescence de la pellicule ne représentera jamais tant la fin d'une banale histoire que celle d'une mort du cinéma américain classique et d'une partie de son Histoire.

A voir également pour Warren Oates, acteur magnifique qui a traversé de manière fulgurante les années 60-70 avant de s'écraser sur le mur des 80's, mais les grands partent toujours trop tôt.

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