Critique : La Vie intérieure de Martin Frost

Thomas Messias | 12 novembre 2007
Thomas Messias | 12 novembre 2007

L'annonce du retour de Paul Auster derrière la caméra, dix ans après le frustrant Lulu on the bridge, avait tout de la bonne nouvelle, l'écrivain opérant un come-back discret et littéraire laissant présager du meilleur. Adaptant l'un de ses textes, Auster livre un film intimiste, avec en tout et pour tout quatre personnages et un décor. Il serait un peu vain de résumer cette Vie intérieure qui porte tellement bien son titre ; disons qu'elle consiste en la rencontre d'un auteur fatigué et d'une femme mystérieuse qui pourrait bien être sa muse. À partir de là, Auster tricote une fabulette légère et poétique, dont l'objectif réel nous échappe un peu, mais à la fraîcheur indéniable.


Le premier problème du film, c'est le personnage de Claire Martin (Irène Jacob, tantôt charmante, tantôt horripilante) : Auster insiste si lourdement sur le fait qu'elle est la clé du film que l'on finit par ne plus voir que les rouages de sa mécanique. Amoureux de sa création, il lui donne le beau rôle et met dans sa bouche des répliques abstraites et tirées par les cheveux qui rendent bientôt le film incompréhensible.

D'où le défaut principal de La vie intérieure de Martin Frost : la vanité de son auteur. Tenant à tout prix à prouver qu'il est un cinéaste, Auster transforme brutalement son film en un gloubi-boulga faussement métaphysique, où se succèdent les scènes absconses et les idées incongrues. Comme s'il avait été scandaleux de poursuivre dans la veine minimaliste et intime qui rendait la première partie anecdotique mais charmante. On finit par se moquer allègrement du destin de personnages dont on ne sait même plus s'ils sont faits de chair et d'os ou s'ils sont de simples vues de l'esprit. Seule l'apparition tardive mais hypnotique de Sophie Auster (énigmatique fille de) vient relancer quelque peu l'intérêt.

Trop tard pour sauver La vie intérieure de Martin Frost de son statut d'objet inanimé et prétentieux. Paul Auster devrait revenir à la simplicité de Brooklyn boogie ou se débarrasser d'un costume de cinéaste branché qui ne lui va décidément pas.

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